25 juin 2007
1022.La gêne.
Ne
pas déranger. Venir sur la pointe des pieds, être là, et puis
repartir. Je n'aime pas déranger. Je ne sais pas d'où me vient
cette impression tenace que j'ai si souvent, que ma présence dérange.
Il peut arriver dans une soirée que je ne sache pas où me mettre, que
ce que je prononce au cours d'une conversation soit totalement idiot et
sans intérêt ; que je fasse preuve d'une inculture et d'une ignorance
honteuse. Alors parfois je me tais. J'écoute. En me sentant décalé par
rapport à la situation que je vis. Etrange spectateur de quelque chose
qui ne semble plus me concerner tant tout vole haut, à des altitudes où
je ne peux me rendre. En rentrant je ressens un malaise, une gêne ;
quelque chose de l'ordre d'une fin du monde, d'un monde. J'y pense et
puis j'oublie. Mais jamais très longtemps : à la prochaine réunion
entre amis je ressentirai le même décalage, la même peur.
Le ciel se couvre sur Paris. Le temps est mauvais. Tant mieux finalement.
(Photographie personnelle : couleurs, Belleville, juin 2007)
Commentaires
Je dois dire que cette sensation d'être bien en dessous du niveau des autres, je l'ai souvent. Il fut même un moment où je ne disais plus rien en société; je n'arrivais pas à interrompre la conversation pour mettre mon grain de sel et, quand enfin il y avait un créneau, le sujet de la conversation avait changé deux ou trois fois.
J'ai évolué, même si je continue à beaucoup écouter, ce qui n'empêche cette sensation d'avoir encore tant à apprendre pour être à la hauteur. C'est le prix de la non spécialisation, on en sait toujours moins sur un sujet qu'une autre personne.
J'ai aussi
cette sensation mais pas d'être en dessous du niveau des autres. Je ne suis pas dans le même registre , il y a maintenant beaucoup de paraitre......et moi je suis dans l'être.....alors.......j'écoute par politesse et c'est vrai que j'apprend mais certainement pas ce que les autres pourraient croire .......
On apprend de toutes situations et cela qui est constructif mais il y a des "réunions" où je préfére ne pas être présente.
Il faut garder confiance en soi , c'est important et même essentiel.
Moi aussi j'éprouve souvent cela. Depuis longtemps, depuis l'adolescence, où les regroupements étaient une épreuve qui me bouffait une énergie terrible. Comme Berlioz, toujours à contretemps, toujours plus lente, décalée. En général j'y deviens très bête et très transparente, je ne dis rien, j'opine du bonnet pour ne rien avoir à dire, je me fonds dans ce qu'il semble falloir être, je me dilue, j'aligne des platitudes quand je suis obligée de parler. Ce n'est pas une image bien reluisante, mais le groupe peut faire appel à des angoisses archaïques de morcellement, de dissolution. Cela me plaît de lire qu'il y en a d'autres qui vivent cet inconfort.
Moi je me sens plus ou moins comme ça aussi dans les soirées, mais ça fait depuis longtemps que l'érudition des autres, leur facilité à prendre la parole et à la garder ne m'impressionnent plus. Il faut se dire une chose : ils se protègent comme ça. Par exemple, impossible d'être avec eux dans leurs conversations banales, et tout ça. Mais je me focalise sur les choses insupportables qu'ils disent, du coup ça me donne une aisance pour répondre et généralement ça marche du tonnerre cette technique. Mais attention : après on te regarde avec un drôle d'air (hum hum).
Prendre la parole et être soi, effectivement, c'est un risque. Majeur. Mais il ne faudrait pas donner toute la lumière à ceux qui ne brassent que des ténèbres, Olivier (et même en dehors de ça).
Je rejoins tout à fait Berlioz lorsqu'il parle du prix de la non spécialisation ! Je me sens tout à fait dans ce cas. Je suis toujours fasciné par l'érudition des autres – dont la tienne d'ailleurs, cher Olivier.
Bienvenue au club !
Ah on est décidément nombreux dans la corporation, cela rassure. Moi aussi, évidemment. Ma propre spécialité c'est l'esprit de l'escalier : c'est quand les gens sont partis que je trouve les réparties qui tuent. (Mais c'est aussi bien, finalement, car je n'ai envie de tuer personne.)
Je n'aime pas le mot "positiver" mais la chose, oui. Il y a du positif à écouter les autres, à faire la part entre la brillance de l'instant (plaisir éphémère, plaisir quand même) et la profondeur éventuelle (joie dans la durée). Et à apprendre de l'autre. Que ce soit du factuel, de l'information sur un sujet lambda, ou bien ce que cela vous révèle de cette personne.
"s"
solitaire et silencieuse. je me sens ni mieux, ni moins bien que les autres. je n'ai jamais le sentiment de ne pas être à la hauteur. je suis moi et c'est très simple. j'ai oublié la séduction des mots, des joutes sémantiques pour avoir l'air ... intelligente et cultivée. je quitte souvent une soirée la première et celui ou celle qui veut me revoir sait où me trouver. parfois je pense que cela ressemble à de la sérénité. d'une certaine manière, c'est reposant. parfois je craindrais seulement d'avoir l'air prétentieuse/méprisante parce que trop silencieuse. je me dis aussi souvent que les gens ont tellement besoin de parler d'eux que je préfère les écouter et rarement l'attention que je leur porte me pèse.je ne fusionne pas avec leurs problèmes, mais j'y suis très attentive.
bonne soirée à tous et à toutes.
"Une aile du silence"
J'ai lu ce billet plusieurs fois dès sa mise en ligne et j'en ai ressenti un étrange malaise, un léger sentiment d'écoeurement dans l'effet miroir.
Parfois je me sens superficielle, une écervelée, alors que je n'ai jamais vraiment connu la légèreté. On m'a longtemps reproché de cataloguer, d'être trop touche-à-tout dans mes centres d'intérêt, dans mes expérimentations plastiques, puis dans mes expriences professionnelles. Pourtant la polyvalence, cette "non spécialisation" dont il est question plus haut, m'a maintes fois permis de rebondir quand je me trouvais dans une voie à première vue sans issue. Encore un "paradoxe paradigmatique" (ou pas) : le constat que ma faculté d'adaptation est faite aussi de ce qui m'empêche de me sentir à ma place où que ce soit. Je crois que, au fond, je n'en ai plus rien à faire. Je sais très bien que la problématique est intérieure, personnelle et sans cause autre qu'elle-même.
Mais, adorant les mots (et les détestant aussi), je suis, presque malgré moi, la reine de la répartie qui tombe juste à propos, un peu drôle, un peu ironique, un peu savante à l'occasion - et l'on peut me prendre assez facilement pour une personne brillante. Ce qui protège, en somme - et isole, un peu, en nous donnant le sentiment d'usurper. "On est seul aussi chez les hommes", dit le Renard.
Rien de tout cela n'est grave. C'est juste fatigant. Il vaudrait sans doute mieux se taire. Ou pas.
Je fais partie, moi aussi, des empotées des réunions ; pour moi, l amitié nécessite des silences et de vrais échanges : 3 / 4 personnes maximum ; au delà c est du brouhaha, du paraitre, ce sont des mots qui font du bruit, souvent sous intéret ; je fuis très vite ces soirées là sauf si la musique s impose !
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