L'âge d'homme

et l'on continue à accepter l'inacceptable et à supporter l'inacceptable

30 juin 2007

1026.Je vous écris d'un pays qui n'est pas le mien (2)

De_travers__Paris__m_tro_Jourdain__juin_2007__1Ne parlons pas de cela pour le moment. Vous revoir a été une telle joie qu’elle ne saurait être ternie, fut ce par la mort. La beauté qui m’avait fait vous aimer est intacte, elle s’est bonifiée avec les mois qui ont passé. Ces mois étranges que j’ai vécu au choix et selon les moments comme dans un cauchemar ou un monde indéterminé où l’on ne sait pas ce qu’on y fait et ce que l’on doit y faire. Des soirées qui tombaient plus vite que d’habitude. Des jours qui semblaient plus longs que d’habitude. Des maux étranges qui apparaissaient partout sur mon corps, maux peut être imaginaires : les dents qui lancent, les gencives qui saignent ; un ventre qui se réveille de manière inattendue, la tête qui va exploser, les jambes molles et le cœur lourd. Il faut croire qu’au milieu de tout ca il n’y avait pas que du faux, que du psychosomatique puisque j’en suis là maintenant.

Votre visage est plus que jamais pour moi ce tableau de maître dont non seulement on ne peut détacher son regard mais dont on se souvient pour l’éternité, comme ce peintre qui se nommait Whistler je crois disant à ses modèles : « regardez moi et vous regarderez pour toujours ». En tapant cette lettre sur l’ordinateur après l’avoir écrite mille fois à la main je m’aperçois qu’il y a déjà 720 mots couchés sur le papier. Cela me semble énorme. Trop. Et en même temps si peu. Faut-il tenir une comptabilité des mots ? L’amour se « gère » t-il tel un vulgaire bilan d’entreprise ? Doit-on user de pourcentages, de courbes, d’indices boursiers ? Il y a pourtant des gens, et vous le savez autant que moi Mademoiselle, qui mènent leurs sentiments comme on mène une entreprise. Pathétique.

(Photographie personnelle : Belleville, Paris, juin 2007)

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29 juin 2007

1025.Je vous écris d'un pays qui n'est pas le mien (1)

Dormir_debout__Paris__m_tro_Jourdain__juin_2007__1Mademoiselle,

J’ai l’habitude d’écrire, plus ou moins bien. J’écris depuis longtemps, ce qui n’est gage de rien. J’aime manier les mots, plus ou moins bien. La lecture est une de mes occupations favorites, j’amasse des livres depuis que j’ai l’âge de raison. Mais tout ceci ne me sert à rien dans le cas présent : je n’ai jamais su commencer une lettre pour la femme que j’aime, je n’ai jamais vraiment su comment l’on écrit à la Dame de ses pensées. Avec l’âge la chose ne s’est pas arrangée. On devient un peu moins aveugle sur la vie, certes, mais justement le fait d’ouvrir les yeux donne une petite expérience et l’on sait que l’on ne doit plus dire certaines phrases au risque de passer pour un imbécile. Même si l’on est tenté de les écrire encore, parce que tout simplement on les ressent. Alors il faut se lancer. Alors il ne faut pas avoir de plan littéraire dans la tête ; il faut écrire comme cela vient. C’est ce que je vais faire dans les lignes qui suivent.

Nous avons vécu un certain temps ensemble. Quatre années. Je pense pouvoir écrire sans que vous me contredisiez que nous nous sommes follement aimés. D’un véritable amour, puissant, respectueux et mutuel. Je vous ai aimé plus que moi-même. Vous m’avez énormément aimé selon vos propres dires. Toutes ces phrases sont conjuguées au passé. Pour celles qui vous concernent en tout cas. Pour ma part, je vous aime toujours. Il m’a fallu passer par les méandres, les chemins obscurs, les arrières salles de l’existence pour m’en apercevoir. J’ai fait ce que l’on appelle communément « le con ». Par égoïsme, par bêtise, par stupidité masculine. Parce que tout semble devenir plus lourd, parce qu’on se laisse entraîner vers des cieux en eaux troubles ; qu’on se dit que c’est provisoire mais que cela dure. Et que quand le rideau tombe, on tombe avec lui.

Nous nous sommes revus récemment. Vous m’avez trouvé beau, comme avant. Mais vous m’avez aussi dit que vous ne ressentiez plus rien pour moi, que l’amour vous avait quitté. Choses dures à entendre. Difficiles à comprendre. Dures à admettre. Deux solutions qui en fait n’en sont pas, se présentent alors. La première consiste à oublier mais… il faut bien vivre avant d’oublier, et ce n’est pas le plus facile. On y arrive parfois jamais. Tant de paramètres entrent en jeu dans ce genre de processus. Je me suis d’ailleurs toujours demandé si on pouvait mourir d’amour. La deuxième c’est de continuer à aimer la personne en question, ne pas se faire une raison, se dire que tout est toujours possible, que tant qu’il y a de la vie il y a de l’espoir. Mais justement, puisqu’on parle de vie vous savez maintenant, Mademoiselle, qu’elle m’est comptée. Je dois faire avec ce « temps qui reste ».

(A suivre.... Photographie personnelle : place Saint Jean de Belleville, Paris, juin 2007)

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28 juin 2007

1024.Le rire d'une femme.

Sans_titreTemps gris, pluvieux. Air froid. L'automne à la place de l'été. Les passants passent. Vite. C'est au milieu de mon martini blanc que je l'ai entendu la première fois. Dans le fond du bistro une femme riait. En mille éclats. Un homme la faisait rire. Je n'ai vu ni l'une, ni l'autre. Seuls les sons. Un coup de vent plus fort que les autres balaya le trottoir parisien qui commencait à se noyer sous de grosses gouttes venues de nuages sombres comme des jours que l'on redoute. Ce rire m'a rappelé le sien, seulement le sien. En moi montait un visage, des parfums, une attitude. Un coeur qui bat plus vite, du sang qui se mélange trop ; cette mélancolie des temps. Tout me paraissait vide autour, mes yeux ne voyaient rien mais ma tête se rappelait de tout. Le passé est mon présent. Quand au futur.... Le mot lui même semble avoir disparu de mon vocabulaire.  Je suis là. Je pense.

Je survis.

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26 juin 2007

1023.Indecence.

smicUn "expert" financier de Natexis Banque Populaire se réjouissait (et le mot n'est pas trop fort) qu'il n'y ait pas de coup de pouce pour une augmentation du smic le 1 juillet prochain. Ce sémillant personnage nous expliquait qu'il ne voyait aucune raison à cette augmentation, qu'elle ne se justifiait pas parce que ce salaire (de misère, précisons le) avait subi de "forts" réajustements les années précédentes ce qui lui permettait de rattraper le coût de la vie et de ne procurer aucun manque de pouvoir d'achat aux smicards. Ces bonnes paroles ont été prononcées hier soir sur une radio d'information continue, entre l'édition du soir de l'économie (sic) et les derniers cours de la bourse (re-sic).

Obscénité.

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25 juin 2007

1022.La gêne.

C_est_pas_net__Paris__Belleville__juin_2007_Ne pas déranger. Venir sur la pointe des pieds, être là, et puis repartir.  Je n'aime pas déranger. Je ne sais pas d'où me vient cette impression tenace que j'ai si souvent, que ma présence dérange. Il peut arriver dans une soirée que je ne sache pas où me mettre, que ce que je prononce au cours d'une conversation soit totalement idiot et sans intérêt ; que je fasse preuve d'une inculture et d'une ignorance honteuse. Alors parfois je me tais. J'écoute. En me sentant décalé par rapport à la situation que je vis. Etrange spectateur de quelque chose qui ne semble plus me concerner tant tout vole haut, à des altitudes où je ne peux me rendre. En rentrant je ressens un malaise, une gêne ; quelque chose de l'ordre d'une fin du monde, d'un monde. J'y pense et puis j'oublie. Mais jamais très longtemps : à la prochaine réunion entre amis je ressentirai le même décalage, la même peur.
Le ciel se couvre sur Paris. Le temps est mauvais. Tant mieux finalement.

(Photographie personnelle : couleurs, Belleville, juin 2007)

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24 juin 2007

1021.Rythme.

Bracelets__Paris__Belleville__juin_2007_

Prendre des photos, c'est comme écrire : essayer de fixer un instant, essayer de retenir les choses ; se donner l'illusion d'une certaine immortalité.  Me vient la chanson d'Henri Salvador "Syracuse" qui veut parcourir le monde pour pouvoir s'en rappeler à Paris : mes photos parcourent le monde, un certain monde en tout cas, et je me rappelle de lui, mais pas forcément à Paris...

Un cliché naît ou ne naît pas du hasard. Mais il a toujours une histoire. Et chaque fois que je publierai ici une photographie, j'essaierai de vous expliquer d'où elle vient.

Celle de ce jour s'appelle "Pliures".  Je l'ai prise devant l'église Saint Jean de Belleville, tout proche de la station de métro Jourdain et de la rue de Belleville, à Paris. C'était lors d'un week end de fête comme il y peut y en avoir quelques uns dans ce quartier de la capitale qui se revendique (et finalement à juste titre) d'être un "village". L'église y joue un grand rôle et tout d'abord par les cloches. Les cloches d'une église, ca fait toujours village. Et comme le curé sort souvent sur la place on s'y croirait... Je le croise parfois dans mon bistro favori que certaines et certains d'entre vous connaissent. Le bistro est sur la place et dans les rues de ce quartier on peut voir des petites vieilles, des petits vieux avec leurs cabas d'où dépassent des poireaux ou des fanes de carottes. On y voit des blancs, des noirs, des jaunes, des basanés ; on y voit de tout et c'est très bien. On y entend de l'accordéon, on y entend aussi parfois les cris d'un rémouleur qui propose ses services tout comme les airs d'un organiste, de ceux qui ont un singe sur l'épaule.  Bref ce week end là c'était un peu la fête. Et pour l'occasion il y avait quelques animations dans la rue. Comme par exemple un groupe de percussions, en tee shirt blanc et pantalon rouge. Les tambours, j'aime bien. Même si au bout d'un moment... Les tambours en Afrique ont une grande importance, comme ils l'ont aux Antilles et j'y suis très sensible, notamment aux phénomènes de répétition qui entrainent certaines transes. J'ai voulu retranscrire en photo la musique et son rythme, j'ai voulu retranscrire en image ces gens qui bougeaient. Pour moi le détail est important, il révèle l'ensemble en le suggérant. Ainsi ce cliché. Je l'ai baptisé Pliures pour le bras qui se plie, qui donne cette marque au coude qui se marie bien avec les bracelets de couleur de cette jeune fille qui jouait de la caisse claire, on devine aussi en arrière plan les légers froissements de son chemisier. Claire, couleurs, peau noire... voilà des mots, des sensations, des émotions que l'on "voit" sur cette photo. C'était à Belleville, un jour de juin 2007.

(On peut cliquer pour agrandir la photo, et l'on retrouve d'autres photos sur mon Fotolog  en lien en haut à droite ou dans l'album photo à gauche)

Posté par Olivier O à 12:00 - Une photo de temps à autre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 juin 2007

1020.Une direction.

Bibliotheque_Francois_Mitterand_6L’été est sur le calendrier mais en pratique il n’a pas encore
atteint Paris. Et j’en profite : je ne l’aime pas. Je n’ai jamais aimé
l’été et son cortège de jours qui rallongent, de journées bouillantes
gages de transpiration excessive et gênante, de plages bondées, de
laisser-aller généralisé, d’oublis de presque tout. Cette fraîcheur de
fin juin sur la capitale allège un peu mes chagrins et les lourdeurs de
ma vie actuelle ; je devrai écrire ma « survie ». Il fallait que je
réunisse mes chemins en un seul. Non pas que je ne sois plus curieux de
la vie, qu’il ne me faille qu’une route toute droite avec des œillères.
Mon existence, à l’image de beaucoup d’autres, a pris une nouvelle
tournure. Ou plus exactement j’ai décidé, tout seul comme un grand, de
lui faire prendre une autre direction : celle que j’ai toujours voulue.
Ce n’est pas rien puisqu’il s’agit d’être ce que l’on est, en
s’affranchissant des conventions et autres normalisations sociales qui
nous enserrent dans un carcan que l’on croit provisoire mais qui au
bout du compte est définitif. Tout ceci a l’air bien banal et
d’ailleurs ça l’est. Changer de vie est le rêve secret de beaucoup de
gens. Cependant cela n’enlève rien à la difficulté de l’entreprise, au
périlleux exercice de sa mise en œuvre. J’ai toujours eu comme ligne de
conduite, entre autres, de faire coïncider ce que je dis avec ce que je
pense et de le superposer avec ce que je fais. Las des apparences, des
fausses valeurs, de la société outrageusement médiatique et
spectaculaire. Oui, je le dis d’emblée, ce carnet sera personnel,
parfois autobiographique, parfois excessivement nombriliste. Il sera
aussi aux couleurs, pour celles et ceux qui me fréquentait avant, des «
Chemins de poussières ». Il sera surtout le journal d’un cheminement
vers un ailleurs. Un ailleurs que je ne connais pas mais que je veux
atteindre. J’ai emprunté le titre de ce bloc notes à un livre de Michel
Leiris. Un livre écrit alors qu’il avait trente quatre ans.
Autobiographie extraordinaire d’un homme qui se regarde sans fard, qui
va au fond des choses et qui ne s’épargne pas. Un livre dont on ne
ressort pas indemne, de ceux qui fléchissent le cours d’une vie. Mon
carnet ne fléchira aucune vie, il n’a pas cette ambition. Il ne sera,
bien modestement, que le reflet de la vie d’un homme arrivé à la
quarantaine sur le chemin de l’horizon.

(Photographie personnelle : la bibliothèque Francois Mitterand, un début d'après midi de l'hiver 2006)

Posté par Olivier O à 13:50 - Traces... - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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