10 juillet 2007
1033.Rumeurs.
Je n'ai jamais beaucoup regardé la télévision, même enfant. J'y ai ensuite exercé mon métier. Et depuis ce temps là je la regardais encore moins. Et depuis quelques mois déjà je ne l'allume plus du tout. Ce qui s'y passe ne m'interesse plus, ne m'apporte rien ; me fait être aussi con après qu'avant. J'écoute la radio depuis toujours et quasiment les même stations, je dois être un réactionnaire qui s'ignore, du réseau Radio France à TSF jazz en passant de temps à autre sur Radio Libertaire (tonifiante station) et sur Nova. Mais il m'arrive encore fréquemment la nuit surtout de zapper sur le tuner, d'attraper ici ou là quelque chose. Et la rumeur de ce monde que j'entends n'est pas bien bonne. Rumeur au sens d'un bruit de fond, d'éclats de bruits qui en disent tellement plus long que ce que l'on veut bien en entendre. Parce que nous sommes en juillet. Parce que c'est bientôt août, parce que c'est les vacances. Parce que c'est l'été. Mais les passants ont beau mettre des tongs, des chemises courtes, des décolletés enjôleurs pour se bercer d'une illusion : il pleut sur la capitale, la température ne dépasse pas 14 le matin et 19 l'après midi. J'aime ce temps. Il est à l'image de ce qui se passe dans ma tête. Chaotique. Sporadique. Je n'aime pas les temps trop beaux, trop chauds, trop "tout". Il me faut de la glace, de la neige, de la banquise. Du polaire. Des nuages dans les cieux, des noirs et des blancs ; des gouttes qui tombent ou qui menacent de tomber. Des lumières de fin du monde. Longtemps je trouvai ca bizarre : je suis né au bord de la mer, au sud ; au milieu des champs d'olivier et des cigales. Sous le soleil exactement comme dirait une célèbre chanson. Je suis de Provence. Et j'aime cette région sans pour autant ses habitants, mais ca c'est une autre histoire.... Presque vingt heures, il pleut. Une jeune fille noire est au comptoir avec un homme qui semble être son amoureux. Depuis quand ne m'a t-on pas dit "je t'aime".... depuis quand n'a t-on pas posé un regard d'envie sur moi ?... Je ne sais plus. Je ne veux pas savoir. Il faut que je m'en foute. Absolument. Tout cela n'a pas d'importance. Chacun a la méthode Coué qu'il peut. "On regrette de rester, rarement d'être parti" dit quelqu'un dont je ne me souviens plus le nom. Quand je vous disais qu'on a la méthode Coué que l'on peut.... Partout on lit des phrases certes belles mais qui ne veulent rien dire. Marre des illusions. Des poudres aux yeux. J'ai longuement regardé Paris sous la pluie cet après midi : je me suis arrêté dans un bistro bien sympa à l'angle de la rue Poliveau, dans le Ve arrondissement. Oui c'est bien la rue Poliveau du film d'Autant Lara "La traversée de Paris" avec Gabin, Bourvil et De Funès. C'est ce dernier qui joue le rôle de Janvier qui veut faire transporter un cochon découpé dans des valises aux deux autres. Gabin exigeant plus d'argent il se met à gueuler Janvier, 45 rue Poliveau, 5000 Francs ! Je suis dans cette rue dans un bistro qui s'appelle justement... la traversée de Paris ; au mur il y a des photos grand format du film. Il pleuviote. Il ne fait pas chaud. Le vent souffle. C'est justement lui qui m'a amené jusque là. La grande Mosquée de Paris n'est pas loin, le muséum d'histoire naturelle non plus. Cette petite place sur laquelle donne ce bistro grand ouvert au plafond assez bas est calme, étrange ; elle a tout à fait l'air de Paris l'été quand ses habitants l'ont déserté, surtout un dimanche après midi. Quand la capitale est comme ca je me dis que je ne voudrai pas la quitter. Et j'avais l'impression bizarre que ce que je voyais de la capitale était ce que je redécouvrai après un long voyage. Serai je déjà parti sans le savoir ?.... Les images de Paris m'arrivaient comme des cartes postales que personne ne m'aurait envoyé. Des vues tremblantes derrière une vitre, de celles des salles de bain pour pas que l'on nous voient sortir du bain. Je m'apercois qu'une de mes chaussures prend l'eau. La jeune fille noire quitte son amant potentiel. Les feuilles des arbres s'agitent. La nuit tombe vite. Je pense à l'Afrique. Je pense aux
Antilles. Je pense à elle. Je pense à des traces de pieds mouillés qui sèchent vite au soleil sur la margelle d'un piscine en plein mois d'août. Ses pieds. Nous venions de faire l'amour dans l'eau quelques instants auparavant. C'était il y a mille ans, deux mille ans. Presque l'éternité. Que mes jours étaient beaux en ce temps là, il y avait quelque chose du conte de fées dans tout ca. J'étais jeune, trop, je ne savais pas que les bonnes danses sont rares. On l'apprend bien plus tard, trop tard sans doute. Telle est l'existence des êtres humains. " Une condition humaine" comme l'a écrit un génial écrivain. Le bistro se vide peu à peu. Mon téléphone n'a pas sonné de la journée. Aucun texto n'est arrivé. Mes dents m'ont fait un peu mal. J'ai un peu bu. Rêvé. Ecrit. Lu. Une impression de n'avoir rien fait. Même pas une photographie. Je n'avais pas emporté mon appareil. Je n'avais que moi sur moi. Dans le bistro de la rue Poliveau j'ai emprunté "Le Parisien" journal que je ne lis jamais d'habitude. Peut être ai je croisé des lectrices ou des lecteurs de mon carnet.... il m'arrive d'y penser. La pluie frappe beaucoup maintenant. Il faut que je rentre. Dans un appartement froid, un lit froid. Mon coeur est froid de toute façon, même si c'est une impression, une illusion, je vous l'ai déjà dit : on a les méthodes Coué que l'on peut. Une femme chinoise vient vendre des machins et des bidules, des lampes boules qui changent de couleur, des briquets aux flammes bleues, des ânes en peluche qui dansent quand on les pose par terre ; ce bistro devient la cour des miracles.
Demain sera un autre jour. En tout cas on le dit.
(Photographies personnelles : Place de la République, juin 2007 - Eglise de Saint Germain des Prés, mai 2006)
