14 juillet 2007
1035.My way.
La plus belle version de la chanson « Comme d’habitude » que je connaisse est celle de Nina
Simone. Les notes de piano vous coulent dans l’âme comme un châblis vous
tapisserait les papilles, le rythme est doux tout en étant lancinant mais
rapide, la batterie donnant un tempo mélancolique ; la voix sensuelle, lointaine ;
aérienne, parfois tremblante remplie d’une nostalgie presque slave. Un peu de
xylophone aux sonorités claires vient souligner un violon discret mais limpide.
Les larmes me viennent souvent aux yeux quand j’écoute ce morceau, ce que je
suis en train de faire en écrivant ces lignes. Je pense à des enfants noirs que
j’ai vu jouer tout à l’heure. Je pense à leurs innocences, leurs sourires,
leurs insouciances. Le son de leurs rires. Leurs regards dans le vague. Je
pense à mon fils. Tous les jours. J’y pense en silences. En douceurs. La pluie
s’est arrêtée sur Paris, les nuages ne sont plus noirs et bas ; on peut
voir un ciel éclairci, bleu, avec la chaleur qui est arrivée. L’été. Tout ce
que voulait une partie des gens, dont je ne fais pas partie. Au loin les
claquements des pétards. Les bruits d’une vie que je ne partage plus. Quelque
chose s’est cassé en moi. Il y a toujours des choses qui se cassent en nous. On
apprend à vivre avec. Mais à d’infimes signes on sait que certaines nous
empêcheront de vivre, on sent comme une évidence qui ne s’explique pas que rien
ne sera pareil. Mystères de l’être humain. Nina Simone chante toujours. Il n’y
a plus un souffle de vent sur la capitale. Une cigarette se consume lentement
dans mon cendrier. Jamais il ne s’est passé aussi peu de choses dans mon
existence extérieure. Jamais il ne s’est passé autant de choses puissantes dans
mon existence intérieure. Faut il que le fossé entre les deux soit si
important…. Combien faut-il d’heures de solitude pour une minute de bonheur ?
Une lectrice, qui se reconnaîtra, m’écrivait l’autre jour que la pensée de Sade
était tonifiante. Oui elle l’est. Plus que jamais en ces périodes plates, sans
aucun relief, sans polémiques si ce n’est de fausses. Les principes de
précaution envahissent tout notre espace, le moindre pas de côté, le moindre
chemin de traverse ; tout devient « marginal ». Je regardai cet après midi un homme qui
promenait son chien dans une des rues du bourgeois XVe arrondissement de
Paris : en bermuda et en sandales « parce que c’est l’été », il
devait avoir presque soixante dix ans, bedonnant et tenant ce misérable chien
qui, je crois, devait être un basset du même âge que son propriétaire si les
chiens vivaient aussi vieux. Je me suis dit alors que je ne voudrai pas finir
comme ca. Bardé de conventions, de normes, d’interdits. Rempli de certitudes,
d’expériences. Sans doute cet homme n’était il rien de tout cela mais c’est
l’impression qu’il m’a donné ; viatique bien involontaire d’une pensée
instantanée.
Merci Nina.
(Photographie : jeune fille de Maputo, capitale du Mozambique)
Commentaires
un peu comme toi en ce moment, rien à l extérieur et tout à l intérieur ! recentrer sans "nombriliser" ; regarder les autres sans pouvoir leur parler, difficulté à communiquer ; se mettre d abord en accord avec soi meme
... Qu'est donc ce qui "se casse" ainsi en nous.
Peut-être, parfois, de poteries, qui dissimulent quelque trésor inconnu au fond de nous...
Et s'il fallait fouiller cet intérieur là jusqu'à le déterrer ?
Quand j'ai lu Sade, je me sentais punie, j'avais l'impression de lire la bible. Je le trouve bien pauvre et finalement, quelque part, il a toujours été complice du consensuel.
Sinon, Nina Simone, ma chanteuse préférée, elle, elle est tonifiante. Enfin, franchement, les paroles de "Sinnerman"... C'est IMMENSE.
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