L'âge d'homme

et l'on continue à accepter l'inacceptable et à supporter l'inacceptable

18 juillet 2007

1038."Même dans un cercueil, je ne veux plus être couchée".

 signatureJ’aime l’Afrique, c’est une certitude et pour vous, ce n’est plus un mystère. Mais il y a d’autres parties du monde que je porte en moi ; l’Amérique du sud en fait partie. Parlons de ce continent à travers une singulière histoire. Celle de Frida Kahlo et Diego Rivera. Un couple hors du commun avec un parcours hors normes. Jusqu’après leurs morts. Nous sommes dans le quartier de Coyoacan, dans le sud de cette capitale immense qu’est Mexico. Au 247 de la rue de Londres on trouve la Casa Azul, la « maison bleue » où est née et où a vécu la peintre Frida Kahlo avec le muraliste Diego Rivera. Résonnent dans cette maison les disputes fréquentes de ce couple terrible, des portes qui claquent. Trotski, Breton et sa femme et d’autres sont venus ici. Entre ces murs Frida a enduré son calvaire physique : une poliomyélite à six ans, à dix huit ans un accident de tramway, une trentaine d’opérations, des corsets toute sa vie et l’amputation d’une jambe. En 1954, année de la mort de Kahlo, sur ordre de Diego Rivera deux pièces sont scellées et à n’ouvrir que quinze ans après son propre décès. La rumeur veut que Rivera se soit inspiré de Trotski qui avait laissé ses archives à Harvard avec la consigne de ne les rendre publiques que bien des années après. Reste que le muraliste mexicain s’était alors rapproché d’une de ses modèles, qui décida de ne faire ouvrir les deux pièces qu’après sa mort à elle. Rivera est mort en 1957, la modèle en question en 2003. C’est ainsi que le 8 novembre 2004, cinquante ans après la mort de Frida Kahlo les pièces sont ouvertes…. Cinquante années où la poussière du temps a recouvert cette histoire. On imagine assez bien l’émotion de Hilda Trujilla, conservatrice du musée Kahlo, lorsqu’elle s’est présentée devant les portes. Ce genre de situation, extra-ordinaire c’est le cas de le dire, me fascine. Parce qu’il s’agit de personnages qui n’ont que très rarement trouvé leurs égaux, que ce soit en tant qu’artistes ou en tant qu’êtres humains. Je n’apprécie pas plus que ça les œuvres picturales de l’un et de l’autre, mais j’avoue qu’elles me troublent, qu’elles sont l’expression d’un génie créatif foisonnant, truculent ; d’une imagination débridée et cela j’adore. Sans doute aussi parce que toute cette histoire est liée au temps, ce temps qui passe, qui lie et qui délie ; source inépuisable d’écrits pour toute une catégorie de romantiques (au sens hugolien du terme) parce qu’aussi tout ceci à voir avec l’amour, la passion, ce fameux « je t’aime, moi non plus » qui exerce sur moi une étrange fascination. Mais qu’a-t-on donc trouvé dans ces deux pièces qui sentaient le pipi de chat, parce qu’un vasistas avait été cassé et que les félins du quartier s’y étaient faufilés plus d’une fois  comme l’expliquait la conservatrice du musée Kahlo ? Impressionnant : 22 105 documents, 5387 photographies, 168 robes et 11 corsets, 212 calques, dessins ou esquisses de Diego Rivera et 102 de Frida Kahlo, 3874 revues ou publications, 2170 livres…. Cinq pour cent seulement de tous ces trésors sont montrés au public depuis le 7 juillet dernier au musée Kahlo de Mexico, exposition dont peu de médias ont parlé. Tout le reste, prodige de l’informatique, sera digitalisé et pourra être consulté sur ordinateur dans un autre musée, celui d’Anahuacalli dans le même quartier que la Casa Azul mais consacré lui à la collection d’art préhispanique qui appartenait à Diego Rivera. Peut être ensuite consultable du monde entier sur internet ? Quand j’ai lu toute cette histoire dans les journaux je l’ai trouvé belle, romanesque, grande et lyrique à l’image des deux individus qui l’ont bâtie. J’ai eu tout de suite envie de vous la faire partager si vous ne la connaissiez pas. Ce qui est aussi tout à fait remarquable là dedans, c’est qu’à travers la personnalité de Rivera, de Kahlo et de leurs rapports personnels ce sont des pans entiers de l’histoire du Mexique en particulier et du monde en général qui nous sont dévoilés à travers des documents dont la valeur est inestimable.

Tout simplement fascinant.

(La phrase de titre est de Frida Kahlo)

Posté par Olivier O à 00:01 - Danses et autres sortilèges - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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