31 juillet 2007
1047.La joie.
J'ai pris ce cliché vers la fin du mois de juin dernier. Un groupe de percussions, en l'occurence des tambours, parcourait les rues de Belleville. Les musiciens bougeaient beaucoup. Tous respiraient une joie de vivre, ou tout du moins une joie de jouer : j'ai donc voulu rendre cet état presque second, de même que l'impression que toute cette musique lancinante, presque de transes à l'africaine, produisait sur moi. Du fait de tous ces mouvements, prendre des photos s'annoncait difficile, même en changeant l'ouverture du diaphragme et/ou la vitesse d'obturation mais passons sur les détails techniques....
J'ai d'abord repéré une jeune fille et j'ai décidé, photographiquement, de l'isoler. Le ciel de la capitale ce jour là était changeant, genre ciel de traine : la lumière l'était donc également. Il fallait jouer avec. Puis, comme c'est souvent le cas quand on prend des photos, on doit être patient. J'ai suivi ce groupe d'instrumentiste longtemps. Je les ai quittés, puis je suis revenu. Reparti. Puis revenu. J'ai déclenché l'appareil des dizaines de fois, j'ai effacé des dizaines de photos. Et puis voilà, parmi quelques autres, celle ci est sortie. La joie de jouer de cette jeune fille illumine le cliché que j'ai réalisé à une cinquantaine de mètres environ. Le ciel était encombré de nuages avec de petites trouées de ciel bleu, donc une lumière un peu pale que je n'ai pas corrigé par du gain ni par un traitement numérique par la suite.
Elle vaut ce qu'elle vaut.
30 juillet 2007
1046.L'espace-temps (la fin d'un début ?)
Et l’on se demande ce que ça veut dire « le temps qui
reste ». Que peuvent bien être ces secondes transformées en minutes qui
deviennent des heures pour bâtir des semaines et des mois ? Je ne sais même
plus très bien ce que signifie le verbe rester. Tout se bouscule dans la tête,
comme un panorama de la vie, de ma vie ; sorte de long métrage bizarre où
l’on est spectateur et acteur. Il y a les médicaments. Il y a l’ennui. Il y a
les inquiétudes, les paniques. Les nuits qui ne dorment jamais. Il y a la peur,
la simple peur. L’angoisse qui prend n’importe quand, n’importe où. Il y a
tout, il y a rien. Les larmes qui coulent sans raison apparente, des larmes
dures ou sèches venues d’un corps que l’on ne reconnaît plus. Ces moments
vides, suspendus on ne sait trop à quoi, à qui. Je n’arrive pas à me concentrer
sur quelque chose, la moindre idée m’échappe et pourtant je sais qu’elle me
reviendra comme un boomerang, là en plein milieu du cerveau, elle s’y fichera
telle la croix sur un tombeau ; viendra s’y poser un corbeau bien noir qui
me regardera l’intérieur d’un œil glauque. Et puis parfois, prodige, on sent
beaucoup plus d’air dans les poumons. Le cœur bat plus fort, dirait on. Une
sorte de nouvelle naissance. Oiseau qui déplie ses ailes. On crie. On pleure,
cette fois d’une émotion que l’on ne connaît pas, qui n’est jamais la
même ; qui anéantit toujours. J’aime la pluie, le temps gris ; le
bruit des gouttes qui frappent sur toutes les surfaces. J’aime les flaques qui
se forment en automne où des feuilles viennent s’échouer en se couvrant de
boue. J’aime l’automne. Quand les jours raccourcissent, que le vent du soir
fraîchit, que les passants pressent le pas, qu’ils remontent le col ; que
la lune éclaire un ciel de glace. Le froid est mon ami fidèle. Contrairement au
beau temps, il me réjouit, me
ragaillardit. Comme je préfère la nuit au jour. Le soir au matin. L’obscurité
qui tombe à la clarté qui se lève. Peut être retrouve t-on là mon signe
astrologique, que l’on dit coutumier des mystères et des bas-fonds, le
scorpion. Non pas que j’y crois ou que j’y attache de l’importance : je
lis rarement mon horoscope. Mais je dois avouer que je me suis toujours assez
retrouvé dans le portrait général que l’on donne de ce signe.
Ecrire, oui. Je me suis posé quelquefois la question du
pourquoi j’écrivais. Bien sûr, j’ai donné des réponses très sérieuses, de
celles qui font que l’on vous écoute (et qu’on s’écoute soi même d’ailleurs…),
des réponses qui allaient chercher toutes sortes d’explications au fond de mon
passé, de ma vision de l’existence ; le tout mâtiné d’une psychologie plus
ou moins de bazar, du moins du commerce. En fait la seule et véritable raison
pour laquelle j’écris est beaucoup plus basique : j’en ai besoin, tout
simplement. J’aime aussi la photographie. Ce n’est pas un hasard : l’écriture
et la photo fixent les choses, les situations ; permettent de prendre de
la distance avec ces mêmes choses, ces mêmes situations. Plus tard elles
agissent toutes deux comme la fameuse Madeleine de l’ami Proust. Le soir
descend doucement sur Paris. De haut en bas mes articulations, mes muscles, mon
cerveau ne sont qu’une douleur continue. Je me sens lourd, je me sens double,
triple, quadruple. La rumeur de la ville m’arrive par bribes, sporadiques, à
travers la fenêtre ouverte. Ouverte. J’ai toujours préféré les fenêtres
ouvertes et les portes fermées. Les températures sont fraîches en ce premier
jour de l’été, j’aime l’air froid qui entre en se mêlant à mon air à moi, l’air
de ma petite vie minable ; un air chaud, moite, gluant et désespérant. On
fête la musique ce soir : initiative d’un ministre de la culture il y a
vingt cinq ans maintenant. Vingt cinq ans ! Qui étais-je en ce temps
là ? Où étais-je ? Quels étaient mes rêves ? Qu’est donc devenu
ce
temps là ? Moi qui adore la mer voilà l’occasion d’une belle et
douloureuse plongée. C’est quand on remonte qu’il y a danger : attention
aux paliers de décompression. Je jette un coup d’œil à mon téléphone. La photo
figée en fond d’écran ne m’inspire plus, je regarde la date du jour, l’heure.
Aucun appel. Rien. Ce téléphone ne me sert pratiquement à rien. Il est devenu
une espèce de meuble. Il est là, posé à côté du matelas qui me sert de lit dans
cette mezzanine tant mon appartement est petit. Ce n’est pas le plus petit
appartement parisien dans lequel j’ai habité : celui proche du parc
Monceau était si minuscule que je ne pouvais me tenir debout, il était sous les
toits ; mais il avait un certain cachet et je l’appelais volontiers
« la bonbonnière ». Je me rappelle parfaitement de ce lieu, non
seulement dans ses moindres détails mais tout autant du quartier qui
l’entourait. C’est là que j’ai connu Christine. C’est ici que tout a commencé. Et
le hasard n’existe pas : c’est ici que tout finit. La tristesse m’envahit,
un certain désespoir me serre soudain la gorge ; comme si plus rien
n’existait. D’ailleurs plus rien n’existe. Je regarde autour de moi. Tout
semble le néant. Il faut que je plonge. Une cigarette de plus pour me brûler
les poumons.
(Peut être à suivre.... j'ai piqué les images chez mon amie Angéline, je ne sais pas d'où elle les tient....)
28 juillet 2007
1045.Courir
"Courir, du Pacifique à l'Inde...." dit une chanson de Maxime Le Forestier qui s'intitule "les jours meilleurs". Les jours meilleurs. Ces heures et ces minutes qui s'écoulent un peu plus lentement que les autres, ou les secondes supplémentaires ne sont que du bonus. Paris s'est bien vidé maintenant. Ca durera ce que ca durera. La capitale respire, reprend son souffle. Le métro gonfle ses poumons, les Parisiens prennent leur temps. L'air n'est pas trop chaud. Il y a moins de queues à la Poste. Les magasins ont baissé le rideau avec la petite affichette "congés annuels". Paris entre en léthargie et pourtant c'est maintenant que cette ville reprend vie. Du sud de la France arrivent ici des nouvelles de chaleur, de plage, de vacances ; des odeurs de sable chaud et de barbecue les soirs d'été. De ma tête arrivent mes envies d'Afrique, d'ailleurs et d'exils. Toutes ces routes que des questions ont laissé dans ma vie. Les cloches de Belleville sonnent pour annoncer je ne sais quoi. Pedro, joueur malien de kora et sa femme viennent s'asseoir à côté de moi pendant que j'écris ce billet. Il m'annonce qu'il vient de jouer avec Archie Sepp au festival de jazz de Vienne : je suis très content pour lui, Sepp est une pointure musicale en même temps qu'un être d'une humanité exceptionnelle. Je montre à Pedro les photographies que j'ai fait de lui lors d'un récent concert ; il me propose d'en faire d'autres, de rentrer avec lui dans cette sphère musicale.
J'apprécie Pedro. J'aime sa musique, faite de rythmes africains mélangés harmonieusement aux tempos jazz. Il part jouer. Sa femme me fait la bise. Lui me prend la main et me dit, comme en Afrique, "prends soin de toi".
Instantanés de ma vie du village capitale.
(Photo personnelle de Pedro Kouyate, lors d'un mini-concert à Paris en juin dernier)
Petite notice sur la kora (avec l'aide sympathique de la Wikipedia)
La kora, l’instrument des griots mandingues, est un instrument spécifiquement mandingue, (Mali, Sénégal...). Selon la légende mandingue la kora fut découverte par un grand chef de guerre, Tira Maghan, qui la donna à un de ses compagnons griots, Djelimaly. Selon la même légende, la première kora est l’instrument personnel d’une femme-génie qui vivait dans les grottes de Kansala en république actuelle de Gambie. Tira Maghan, impressionné et ému par la musique de l’instrument, décida
d’en déposséder la femme-génie. Aidé de ses compagnons de chasse, Waly
et Djelimaly Oulé Diabaté, il récupéra l’instrument qui échut à
Djelimaly le griot du groupe. Djelimaly la transmit à son fils Kamba.
Et ainsi elle passa de père en fils jusqu’à Tilimaghan Diabaté qui introduisit la Kora au Mali. La Kora est un instrument de musique majestueux qui se joue face.
27 juillet 2007
1044.Un visage (1)
Je n’ai jamais mis les pieds aux Etats-Unis. Je ne connais pas New York, je ne connais pas les grandes étendues du Middle-west ni le grand canyon ou la route 66. Je n’ai jamais vu Chicago, le parc de Yellowstone ou le reste de ce pays qu’à travers des cartes postales, des photos ou des textes dans des bouquins ou alors les conversations que j’ai pu avoir avec des américains ici en France ou des Français qui revenaient de là bas. Je ne peux même pas dire que j’ai une connaissance de ce pays à travers leurs séries télé ; je les ai toujours peu regardées, et celles qui ont mes faveurs ne sont pas les plus connues, comme Six pieds sous terre par exemple. Quand à la musique… Et bien figurez vous que c’est par elle que j’ai commencé à avoir des doutes. Bruce Springsteen chante (certains diraient « gueule »….) une Amérique de l’intérieur, une Amérique profonde, celle que l’on ne voit nulle part. Ca m’intéresse… La country-music, avec ses icônes comme Willie Nelson ou Johnny Cash fait de même. Ca m’intéresse…. Il y avait donc d’autres Etats-Unis au-delà de tout ce que les médias nous en disent, nous en montrent et nous en expliquent. Et puis dans le cinéma aussi : il y a donc Sean Penn, Jane Fonda… Il y a donc bien autre chose. Comme tout bon Français, quand j’étais plus jeune je faisais de l’anti-américanisme primaire, bête et méchant. Ces vies d’américains moyens, ces vies qu’on ne voit jamais et dont on ne parle jamais m’intéressent. Un peu comme ici, finalement. Sans doute finirais-je par aller promener ma carcasse sur ces contrées : vous savez maintenant dans quels endroits et vers quels gens. L’autre jour, je surfais sur internet pour rechercher des photographies d’une chanteuse afro-américaine qui est une déesse pour moi portant le doux patronyme de Cassandra Wilson. Au milieu des clichés que me propose un célèbre moteur de recherche dont je tairais le nom je tombe sur un visage, celui que vous voyez illustrer ce billet. Je ne sais rien de cette jeune femme, simplement qu’elle porte le même nom et prénom que ma déesse chanteuse. D’ailleurs, serait ce elle plus jeune (elle a aujourd’hui la cinquantaine passée) ? Certains traits du visage me le font penser. Mais cela n’a aucune importance. Ce qui est important, c’est que quand j’ai vu cette photo un flot d’émotions m’est venu au cœur. Passons sur la couleur de la peau, vous me connaissez, je n’y reviens pas…. Venons-en aux traits du visage, visage que je trouve intemporel ; à cette coiffure, à cette élégance, ce chic de plier ses bras en venant faire reposer sa tête sur une des mains, sur cette chemise bleue à carreaux. Saupoudrons de ce sourire dont je ne peux m’arracher les yeux et, regardez bien, ce bracelet au poignet qui pend négligemment mais avec délicatesse. Et bien cette jeune femme m’a fait penser à l’Amérique des années 50. Où il n’y a pas eu que du bon, je pense par exemple au maccarthysme. Mais tout de même… Je fais une parenthèse mais je me demande toujours comment on peut avoir, comme c’est mon cas, la nostalgie de quelque chose que l’on n’a pas connu… Etrange état de fait.
(A suivre....)
26 juillet 2007
1043.Cachée derrière (2)
C’était un après midi d’il y a longtemps. La musique était partout, les enfants jouaient, criaient, sautaient dans tous les sens. Le bruit aussi, les gens qui parlaient ; les odeurs de friture, de sucre, la poussière qui blanchit le bas des jambes ; la chaleur, accablante ou quelque chose comme ca. Qu’étais je venu faire dans cette fête foraine ? Je ne monte dans aucun manège non pas par peur mais par manque d’intérêt. Le train fantôme peut être ? La galerie des glaces ? Le tir à la carabine ? J’errai plus que je ne marchais. D’un pas à un autre je suis arrivé devant une baraque à chichis, à churros et autres pommes d’amour ; ces pommes enrobées d’une épaisse couche de sucre coloré en rouge et que l’on plante dans un fin bâton, ce qui donne une grosse sucette. Il y avait une petite queue, j’hésitai. J’avais soif. La faim pouvait venir. L’ennui fit le reste. J’attendis mon tour. J’allumai une cigarette. Tu étais devant moi. Tu attendais ton tour. Je ne t’ai pas vue tout de suite. Je ne vois rien tout de suite. En regardant autour de moi, je me demandai quelles photos j’aurai pu prendre si je n’avais pas oublié mon appareil. Sans doute cette femme là bas qui donne le biberon à un enfant, assise à l’intérieur d’un stand de tir pendant que la foule se presse pour éclater les ballons ; ou alors cet homme un peu ridicule et qui transpire en roulant des mécaniques pour taper dans un punching ball pour le faire monter le plus haut possible. Vanité masculine dérisoire…. Je sentis mon téléphone vibrer dans ma poche : je n’attendais pas de coup de fil particulier, ni de textos ; je n’attendais rien aussi je laissais faire en me disant qu’il serait toujours temps que je regarde qui pouvait bien chercher à me joindre. C’est à ce moment là que tu t’es retournée. Tes longs cheveux coiffés un peu n’importe comment sont venus me fouetter gentiment le visage. Nos regards se sont croisés un millième de seconde, ta bouche s’est ouverte ; tu y as posée ta main, dans un petit soupir presque enfantin tu t’es excusée. Ce sont tes mains que j’ai vues en premier. Doigts longs, fins, avec des ongles réguliers, roses clair. Des mains légères. Avec une démarcation bien nette entre la couleur du dessus et celle du dessous. Des mains magnifiques, soulignées de discrètes bagues, terminées par un petit bracelet au poignet droit, un bracelet fin avec trois ou quatre petites Afrique dorées suspendues qui semblaient danser.
25 juillet 2007
1042.Cachée derrière (1)
Dix ans, onze, peut être onze et demi. Des années. Il vient un moment où l’on ne compte plus. Des heures qui ont passé et pourtant le temps qui semble immobile. A l’image de certaines compositions de John Coltrane suspendues à un fil invisible. Paris, New York, Buenos Aires. Dakar, Cotonou, Bamako. Quelques jeunes filles à la peau chocolat, cuivrée par le soleil d’Afrique avec tous leurs parfums. S’appelait-elle Philomène ou Hortense ? Ce sont ses mains que j’ai vues en premier. Doigts longs, fins, avec des ongles réguliers, roses clair. Des mains légères. Avec une démarcation bien nette entre la couleur du dessus et celle du dessous. Des mains magnifiques, soulignées de discrètes bagues, terminées par un petit bracelet au poignet droit, un bracelet fin avec trois ou quatre petites Afrique suspendues. Le port de Marseille disparaît sous une pluie fine, froide. Le quai de la Joliette je les avais connus baignés d’un soleil éclatant, avec cette lumière blanche tirant sur le bleu. De Notre Dame de la Garde je regardais la Méditerranée et surtout l’horizon. Qu’il faisait chaud, trop chaud. Mon corps n’était qu’une sueur. Je pensais à elle. Je pensais à tout. Je ne pensais à rien. Je pense trop. Les bateaux s’en allaient. Je restai. Ce jour là pourtant j’embarquais. J’allais poser les pieds sur le continent d’en face. Lui et moi dansions depuis trop longtemps un tango, dont les Argentins disent « qu’il est une pensée triste qui se danse ». Je n’aime pas les aéroports. Les avions qui décollent. Ceux qui arrivent. Les gens qui sortent de ces couloirs avec de drôles de visages, de drôles de corps, de drôles de bagages. Ils sont là mais pourtant encore d’où ils viennent. Je lisais un journal dans une salle d’attente qui sentait le sel, la pluie, le froid. En levant les yeux je vis que je n’étais plus seul. Une famille, mère, père et deux enfants d’une dizaine d’années là bas ; trois hommes seuls, deux femmes seules ; et puis trois couples d’une trentaine d’années. Je me passai la main dans les cheveux, je cherchai mon paquet de cigarettes dans mes poches. Il est interdit de fumer partout, je sortis. Un homme grillait la sienne sous le auvent de béton. Il me fit un signe de la tête, comme un bonjour ; je le lui rendis. Il pleuvait. – Vous êtes parisien ? me lança t-il. « Oui » - Ca se voit… Je ne sais pas à quoi on peut remarquer que quelqu’un est parisien. Mais bon, s’il le disait….
(A suivre... Photographie : jeune femme de Maputo, capitale du Mozambique)
24 juillet 2007
1041.Paris en vacances.
Météorologiquement parlant, on ne peut pas dire que c'est l'été sur la capitale. Les températures sont fraîches, le ciel souvent encombré, le vent souffle, la pluie tombe. Mais la lumière est belle, "lumineuse" dirais je... Idéal pour faire des photos. A l'heure où j'écris ces lignes, comment va le monde ? La chaleur tue au sud de l'Europe tandis qu'au nord de celle ci c'est l'automne. Le tour de France est plus dopé que jamais et on fait comme si c'était le contraire. Des gens se suicident au boulot, étrangement ca n'émeut pas comme ca devrait : ce genre d'informations est relégué au fin fond des journaux ou presque. Sarko et sa petite troupe de cirque font ce que font tous les gouvernements qui profitent de cette période : ils font passer en douce des petites et des grandes choses et bien entendu ils y arrivent... On promet une rentrée agitée (cette promesse est faite chaque année), on promet tant de choses. C'est le creux de l'été, on est dans la tranche qui s'approche du 15 août ; autant dire que...
Mais à Paris, ca bouge. L'arrivée des vélos en libre-service : il faut que j'essaie la chose. Et puis on peut surfer dans certains lieux publics gratuitement. Ainsi j'ai essayé au parc des Buttes Chaumont... je n'y suis pas arrivé, mais je dois être un manche, je vais réessayer. Certains disent que ces petites choses sont des gadgets à Delanoé : et bien pour une fois je ne critiquerai pas. Je trouve que ce sont de bonnes initiatives, et peu importe que le maire soit à gauche.
Voilà un billet d'été : il n'a presque rien à dire....
Dernière minute. Comme j'ai de la suite dans les idées, je suis retourné aux Buttes Chaumont -c'est à 200 mètres de chez moi....- et miracle : la connexion a marché ! Mais internet à l'air libre dans Paris, ca ressemble à quoi ? J'ai réalisé une capture d'écran de la page d'accueil du bidule en question....
(Photo personnelle : le ciel de Paris, samedi et dimanche dernier)
23 juillet 2007
1040.Une question d'images.
Je ne vais plus guère dans les salles que l’on dit obscures, je l’ai déjà dit ici maintes fois. Non pas que le cinéma ne m’intéresse plus, bien au contraire. Je l’ai toujours aimé, je l’aime et je l’aimerai toujours. Ce que je n’aime pas c’est le cinématographe d’aujourd’hui. Le cinéma que j’aime est mort, à quelques exceptions près. Une certaine idée du cinéma, qui rejoignait la mienne, n’existe plus. Je le regrette mais je ne m’apitoie pas non plus : il y a des centaines et des centaines de films qui ont été tournés, qui sont là, visibles relativement facilement quand on le souhaite. Je dis « relativement » parce qu’encore faut il qu’ils soient édités en dvd et la marchandisation du monde n’incite pas à publier ce qui n’est pas rentable et de plus il faut avoir l’argent pour se les procurer. Quoiqu’il en soit, il m’arrive très souvent en ce moment de me faire une toile sur mon ordinateur (j’ai la chance que l’écran soit large en 16/9, vestige d’un temps où j’avais quelques sesterces….) le soir, quand il pleut sur Paris - et à part quelques fois ces jours ci c’est fréquent - entre une bonne émission de jazz à la radio, un repas réparateur, quelques lectures d’excellents bouquins que j’ai pas loin de mon lit et l’écriture de quelques textes par ci par là. Je vous ai parlé récemment de « Parfum de femme », « Une journée particulière », deux des films de l’âge d’or du cinéma italien des années 70. Et bien il n’y a pas longtemps j’ai inséré le dvd d’un film assez peu connu de Jean Renoir qui s’appelle « La Marseillaise », réalisé dans les années 30 aux célèbres studios de Joinville (Le Pont, ville de la toute proche banlieue de la capitale, dans le val de Marne, où l’on trouve encore quelques guinguettes dans lesquelles on peut guincher tout en buvant un bon petit vin blanc sous les tonnelles). Je ne vous apprendrai rien si je vous dis que ce long métrage nous entretient d’un épisode de la révolution française racontant comment cette composition de Rouget de l’Isle est devenue notre hymne national. Film bien sûr en noir et blanc d’une durée de deux heures et cinq minutes (foutrebigre, les films de nos jours n’ont rien inventé mais en même temps notre Révolution les vaut bien ; notons aussi qu’à l’inverse certains films de cette époque sont remarquablement courts comme par exemple Remorques de Jean Gremillon, avec Gabin et Morgan qui ne dépasse pas l’heure et quart, parenthèse refermée) on y trouve donc quelques seconds couteaux assez fameux du cinéma français à l’image de Delmont (Edouard) qui n’a pas fait que le guignol provençal chez Pagnol même s’il le fait très bien ; ce qui me fait penser qu’un jour prochain il faudra que je parle ici de ces seconds rôles que tout le monde connaît mais dont personne ne se rappelle les noms. On y voit aussi dans le rôle du bon roi Louis un certain Pierre Renoir qui n’est autre que le frère du réalisateur, et j’avoue que son interprétation est bluffante même si peu académique (il joue un peu à la Rohmer) et au passage on y parle de l’introduction de la tomate à la cour du roi de France…. Les génériques des films de cette époque sont très instructifs. Ainsi on n’hésitait pas à revendiquer son origine sociale, à ne pas en avoir honte et à s’en servir pour obtenir des droits, le cas échéant les faire respecter. J’ai fait une capture d’écran d’un des cartons du générique de début : on peut y lire clairement que l’équipe du film était certes et bien sûr technique mais aussi ouvrière, et qui plus est estampillée CGT.
On imagine plus ce genre de choses de nos jours. Et pourtant la lutte des classes, contrairement à ce que l’on veut nous faire croire à longueur de journée et de politique libérale, existe encore bel et bien.
22 juillet 2007
1039.Le corps d'une femme.
Un ami cher publiait récemment sur son carnet le texte suivant....
Depuis ma plus tendre adolescence je suis fasciné par le corps féminin. Je pèse mes mots et le terme fascination
est bien celui qui convient. Car j’y vois tout à la fois un miracle
délicat et un profond mystère. Je porte perpétuellement sur le corps
des femmes un regard surpris, subjugué par les différences avec mon
propre corps. Cela peut sembler risible ou puérile. J’ai appris comme
tout le monde, lors des cours de science naturelle, que chaque espèce
possède des mâles et femelles dont les anatomies distinctes autorisent
la reproduction. Intellectuellement, j’en comprends les raisons, les
origines et les fonctions. Il n’empêche : devant le corps nu d’une
femme, oubliant tout savoir, abandonnant tout esprit cartésien, je
ressens un étonnement chaque fois aussi vif, une curiosité toujours
renouvelée.
C’est avec une infinie délicatesse que je pose mes mains sur le corps d’une femme, comme s’il était le plus précieux des trésors. Je puis, sans me lasser, passer des heures à le caresser et l’embrasser, attentif à la moindre sensation, à chacun de ses frémissement, aux ondes qui le parcourent, le creusent et le soulèvent comme une houle. La vie ne m’accorde hélas qu’avec parcimonie ces moments d’ineffable douceur et une telle fête des sens demeure rare, mais c’est peut-être aussi ce qui en fait l’inestimable valeur.
Je me permets de le reproduire parce que je le trouve non seulement très bien écrit, mais en plus il véhicule des émotions, des ressentis et une sensibilité que je trouve assez extraordinaires. Je me suis complètement reconnu dans ces quelques mots qui en disent tellement plus longs que des discours. J'ai choisi d'illustrer son texte (qu'il m'excuse de cet orgueil) par un de mes clichés. J'ai fait cette photo l'année dernière. Je me rappelle que le temps, dehors, était gris (ne ferais je des photos que par mauvais temps ?...) et la lumière envoutante, la musique douce et calme. Cette jeune femme avait les yeux profonds, le corps détendu, l'âme sereine : un ensemble de choses aptes à réussir une photo.
J'ai pris cette photo.
20 juillet 2007
1038bis.Détails.
Je n'ai jamais été doué, vraiment, pour faire des portraits posés ; de ces visages que l'on voit et qui semblent figés. Je préfère de loin les détails des choses, des gens. Qu'est ce à dire ? D'abord vous dire que la suggestion est très importante pour moi, elle correspond bien à une des facettes de ma sensibilité. "Tout montrer" ne m'interesse pas. Le détail pour moi révèle l'ensemble, en tout cas permet une imagination que la totalité ne permet pas. Exemple ? Je trouve que la mode des seins nus sur la plage (est elle encore d'actualité ? Il y a bien longtemps que je ne suis pas allé sur une plage, du moins l'été) ridicule, pas sexy pour deux sous -enfin deux euros- et nullement esthétique. J'aime le détail, ce que l'on ne remarque pas et qui, pourtant, si cela était absent le général ne serait pas le même. La courbe, le plein ou le délié ; l'ombre ou la lumière, le piqué d'une peau ou l'intensité d'un regard, son vide ou son vague.... La rondeur d'un sein, d'une épaule... Celle d'un genou, d'un pied... Un pincement des lèvres, une moue, une esquisse de sourire... Les beautés d'une main, des cheveux, d'un simple doigt..
La photo ici est un détail d'une jeune femme couchée sur le côté. Ce qui m'interessait c'était justement de rendre l'attitude, l'atmosphère, presque le lieu dans lequel j'ai pris cette photographie. Il pleuvait, il ne faisait pas chaud. La lumière était terne. J'ai voulu jouer sur cette ambiance de fin d'un monde. Le noir et blanc rend ce piqué de peau que j'aime, ces clairs obscurs, tout particulièrement sur les peaux noires.



