18 juillet 2007
1038."Même dans un cercueil, je ne veux plus être couchée".
J’aime l’Afrique, c’est une certitude et pour vous, ce
n’est plus un mystère. Mais il y a d’autres parties du monde que je porte en
moi ; l’Amérique du sud en fait partie. Parlons de ce continent à travers
une singulière histoire. Celle de Frida Kahlo et Diego Rivera. Un couple hors
du commun avec un parcours hors normes. Jusqu’après leurs morts. Nous sommes
dans le quartier de Coyoacan, dans le sud de cette capitale immense qu’est
Mexico. Au 247 de la rue de Londres on trouve la Casa Azul, la « maison
bleue » où est née et où a vécu la peintre Frida Kahlo avec le muraliste
Diego Rivera. Résonnent dans cette maison les disputes fréquentes de ce couple
terrible, des portes qui claquent. Trotski, Breton et sa femme et d’autres sont
venus ici. Entre ces murs Frida a enduré son calvaire physique : une
poliomyélite à six ans, à dix huit ans un accident de tramway, une trentaine d’opérations, des corsets toute sa
vie et l’amputation d’une jambe. En 1954, année de la mort de Kahlo, sur ordre
de Diego Rivera deux pièces sont scellées et à n’ouvrir que quinze ans après
son propre décès. La rumeur veut que Rivera se soit inspiré de Trotski qui
avait laissé ses archives à Harvard avec la consigne de ne les rendre publiques
que bien des années après. Reste que le muraliste mexicain s’était alors
rapproché d’une de ses modèles, qui décida de ne faire ouvrir les deux pièces
qu’après sa mort à elle. Rivera est mort en 1957, la modèle en question en
2003. C’est ainsi que le 8 novembre 2004, cinquante ans après la mort de Frida
Kahlo les pièces sont ouvertes…. Cinquante années où la poussière du temps a
recouvert cette histoire. On imagine assez bien l’émotion de Hilda Trujilla,
conservatrice du musée Kahlo, lorsqu’elle s’est présentée devant les portes. Ce
genre de situation, extra-ordinaire c’est le cas de le dire, me fascine. Parce
qu’il s’agit de personnages qui n’ont que très rarement trouvé leurs égaux, que
ce soit en tant qu’artistes ou en tant qu’êtres humains. Je n’apprécie pas plus
que ça les œuvres picturales de l’un et de l’autre, mais j’avoue qu’elles me
troublent, qu’elles sont l’expression d’un génie créatif foisonnant,
truculent ; d’une imagination débridée et cela j’adore. Sans doute aussi
parce que toute cette histoire est liée au temps, ce temps qui passe, qui lie
et qui délie ; source inépuisable d’écrits pour toute une catégorie de
romantiques (au sens hugolien du terme) parce qu’aussi tout ceci à voir avec
l’amour, la passion, ce fameux « je t’aime, moi non plus » qui exerce
sur moi une étrange fascination. Mais qu’a-t-on donc trouvé dans ces deux
pièces qui sentaient le pipi de chat,
parce qu’un vasistas avait été cassé et que les félins du quartier s’y étaient
faufilés plus d’une fois comme l’expliquait la conservatrice du musée
Kahlo ? Impressionnant : 22 105 documents, 5387 photographies,
168 robes et 11 corsets, 212 calques, dessins ou esquisses de Diego Rivera et
102 de Frida Kahlo, 3874 revues ou publications, 2170 livres…. Cinq pour cent
seulement de tous ces trésors sont montrés au public depuis le 7 juillet
dernier au musée Kahlo de Mexico, exposition dont peu de médias ont parlé. Tout
le reste, prodige de l’informatique, sera digitalisé et pourra être consulté
sur ordinateur dans un autre musée, celui d’Anahuacalli dans le même quartier
que la Casa Azul mais consacré lui à la collection d’art préhispanique qui appartenait à Diego
Rivera. Peut être ensuite consultable du monde entier sur internet ? Quand
j’ai lu toute cette histoire dans les journaux je l’ai trouvé belle,
romanesque, grande et lyrique à l’image des deux individus qui l’ont bâtie.
J’ai eu tout de suite envie de vous la faire partager si vous ne la connaissiez
pas. Ce qui est aussi tout à fait remarquable là dedans, c’est qu’à travers la
personnalité de Rivera, de Kahlo et de leurs rapports personnels ce sont des
pans entiers de l’histoire du Mexique en particulier et du monde en général qui
nous sont dévoilés à travers des documents dont la valeur est inestimable.
Tout simplement fascinant.
(La phrase de titre est de Frida Kahlo)
17 juillet 2007
1037.Pédales.
C'est la révolution (au moins une....) à Paris en ce moment : l'arrivée massive de vélos en libre service. On en parlait depuis un moment, c'est fait. 750 stations dans la capitale pour le moment, la première demi-heure gratuite puis 1 euro la suivante, 2 euros pour entamer la deuxième heure... et puis après le coup de pédale devient plus cher puisqu'on passe directement à 4 euros. Mais enfin ne boudons pas notre plaisir : dès que j'aurai un peu d'argent, ce fameux flouze, cet indispensable blé, bref quelques thunes j'emprunterai de temps à autre ces bécanes, histoire de me dégourdir les jambes, de fuir un peu ce métro parisien certes pittoresque pour les touristes et que j'aime mais qui en ce moment me court sur le haricot. Pour nos amis de province et de l'étranger qui me font l'amitié de visiter ce modeste carnet, je suis allé prendre deux clichés, pas un de plus (ca ne mérite pas un album quand même...), de ces choses à deux roues que l'on voit maintenant presque à chaque coin de rue de la capitale.
Voilà un billet d'été, comme savent en faire les journaux ; un truc sympa qui prend pas la tête....
15 juillet 2007
1036.Des fêtes qui n'en sont pas.
14 juillet. Prise de la Bastille. Combien de Bastilles
reste t-il encore à prendre ? Combien encore de privilèges à faire
tomber ? Politique spectacle d’un président plus qu’omniprésent, poudre
aux yeux, perlimpinpin et baguette qui ne sera pas magique. Il y a bien
longtemps que je ne regarde plus les défilés militaires, les bruits de bottes
ne m’ont jamais intéressé. La pseudo-chaleur de la capitale (qui, semble t-il
et heureusement, ne devrait pas durer) m’accable. Ces météos poisseuses,
gluantes et dégoulinantes me gênent. J’ai retouché et classé des photos, j’ai
lu quelques lignes de Sade, de Leiris, de Michel Foucault. J’ai écrit quelques
textes. J’ai rêvé, songé ; j’ai laissé passer le temps. Un petit repas
solitaire avec en fond le direct du soir du 47e festival de jazz
d’Antibes-Juan les pins retransmis sur une radio jazz parisienne. Des
cigarettes. Mes regards qui se perdent dans le vide du ciel. Un café, une bière
dans mon bistro de Belleville. J’avais le vague projet d’aller photographier le
feu d’artifice tiré depuis la tour Eiffel qu’on voit bien d’ici, aux Buttes
Chaumont. Beaucoup plus pour faire des expériences de clichés de nuit avec mon
appareil que pour le spectacle lui-même, dont à vrai dire je me fous.
Las ! Pendant que les yeux se tournaient vers les panaches colorés dont
j’ai entendu les lointains bruits, j’ai regardé un film que j’aime
« Parfum de femme » de Dino Risi. Un cinéma comme l’on n’en fait
plus, des histoires comme on n’en fait plus, une interprétation rare. On y retrouve
Vittorio Gassman, autant à l’aise devant une caméra que sur une scène de
théâtre. Il est magistral dans ce film qui raconte le voyage d’un officier rendu aveugle à cause
d’un accident avec une grenade, accompagné de Turin à Naples (via Gênes et
Rome) par un jeune troufion qui joue le rôle de son ordonnance. Sous des
aspects bourrus, aigris, cet officier est la fragilité même et Gassman a reçu
en 1975 à juste titre le grand prix d’interprétation tant celle qu’il nous
donne est effectivement un grand numéro de comédien. Toute la vie est dans
cette œuvre : on y pleure, on y rit, on y tremble, on y réfléchit. Représentatif de l’âge d’or du cinéma italien, qui à cette
époque (milieu des années 70) touchait à sa fin, on y retrouve aussi toute
l’Italie dans sa démesure, dans sa truculence, dans ses émotions ; dans
tout ce qu’elle peut avoir de sens esthétique, de sens du « beau »,
de la vie et de tout ce qu’elle comporte comme dérision, pathétisme, grandeur
et décadence. Réalisation soignée de Risi qui ne laisse rien au hasard, chaque
plan est filmé au cordeau ; le talent de ce réalisateur n’est plus à
démontrer. J’aime ces films là, de cette époque là, de ce pays là. L’Italie me
manque souvent. J’y suis allé à plusieurs reprises mais voilà quelques années
que je n’y ai plus promené ma carcasse. J’ai rêvé à Sienne longuement, posé mes
pas dans ceux des Médicis à Florence ; j’ai souris en écrivant une lettre
d’amour devant le baptistère et la tour à Pise, j’ai dormi sur un banc dans un
jardin à deux pas de la gare de Bologne, dégusté un excellent tiramisù sur une
terrasse à San Gimignagno et j’ai parcouru en m’en imprimant les yeux toute la
Toscane.
Ce soir je regarderai un autre chef d’œuvre : « Une journée particulière » de Scola, avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni.
(Photo extraite du film "Parfum de femme" de Dino Risi, 1974)
14 juillet 2007
1035.My way.
La plus belle version de la chanson « Comme d’habitude » que je connaisse est celle de Nina
Simone. Les notes de piano vous coulent dans l’âme comme un châblis vous
tapisserait les papilles, le rythme est doux tout en étant lancinant mais
rapide, la batterie donnant un tempo mélancolique ; la voix sensuelle, lointaine ;
aérienne, parfois tremblante remplie d’une nostalgie presque slave. Un peu de
xylophone aux sonorités claires vient souligner un violon discret mais limpide.
Les larmes me viennent souvent aux yeux quand j’écoute ce morceau, ce que je
suis en train de faire en écrivant ces lignes. Je pense à des enfants noirs que
j’ai vu jouer tout à l’heure. Je pense à leurs innocences, leurs sourires,
leurs insouciances. Le son de leurs rires. Leurs regards dans le vague. Je
pense à mon fils. Tous les jours. J’y pense en silences. En douceurs. La pluie
s’est arrêtée sur Paris, les nuages ne sont plus noirs et bas ; on peut
voir un ciel éclairci, bleu, avec la chaleur qui est arrivée. L’été. Tout ce
que voulait une partie des gens, dont je ne fais pas partie. Au loin les
claquements des pétards. Les bruits d’une vie que je ne partage plus. Quelque
chose s’est cassé en moi. Il y a toujours des choses qui se cassent en nous. On
apprend à vivre avec. Mais à d’infimes signes on sait que certaines nous
empêcheront de vivre, on sent comme une évidence qui ne s’explique pas que rien
ne sera pareil. Mystères de l’être humain. Nina Simone chante toujours. Il n’y
a plus un souffle de vent sur la capitale. Une cigarette se consume lentement
dans mon cendrier. Jamais il ne s’est passé aussi peu de choses dans mon
existence extérieure. Jamais il ne s’est passé autant de choses puissantes dans
mon existence intérieure. Faut il que le fossé entre les deux soit si
important…. Combien faut-il d’heures de solitude pour une minute de bonheur ?
Une lectrice, qui se reconnaîtra, m’écrivait l’autre jour que la pensée de Sade
était tonifiante. Oui elle l’est. Plus que jamais en ces périodes plates, sans
aucun relief, sans polémiques si ce n’est de fausses. Les principes de
précaution envahissent tout notre espace, le moindre pas de côté, le moindre
chemin de traverse ; tout devient « marginal ». Je regardai cet après midi un homme qui
promenait son chien dans une des rues du bourgeois XVe arrondissement de
Paris : en bermuda et en sandales « parce que c’est l’été », il
devait avoir presque soixante dix ans, bedonnant et tenant ce misérable chien
qui, je crois, devait être un basset du même âge que son propriétaire si les
chiens vivaient aussi vieux. Je me suis dit alors que je ne voudrai pas finir
comme ca. Bardé de conventions, de normes, d’interdits. Rempli de certitudes,
d’expériences. Sans doute cet homme n’était il rien de tout cela mais c’est
l’impression qu’il m’a donné ; viatique bien involontaire d’une pensée
instantanée.
Merci Nina.
(Photographie : jeune fille de Maputo, capitale du Mozambique)
11 juillet 2007
1034.Il m'accompagne. Partout.
On voit ici Wayne Shorter, légende vivante du jazz comme il en reste peu, au sortir d'un concert au parc floral de Paris. Photographié par Pierre Bensussan.
Shorter est saxophoniste. Il a joué avec les plus grands, il continue d'ailleurs. Il aura dans les 71 ans cette année... Pour les initiés rappellons qu'il fut de l'aventure du groupe Weather Report, marquant l'histoire du jazz en particulier mais de la musique en général. Cet homme sera à la cité de la Musique, à la Villette, à Paris au mois de septembre. Ce musicien m'accompagne partout, avec quelques autres.
Il fait partie de ma vie.
10 juillet 2007
1033.Rumeurs.
Je n'ai jamais beaucoup regardé la télévision, même enfant. J'y ai ensuite exercé mon métier. Et depuis ce temps là je la regardais encore moins. Et depuis quelques mois déjà je ne l'allume plus du tout. Ce qui s'y passe ne m'interesse plus, ne m'apporte rien ; me fait être aussi con après qu'avant. J'écoute la radio depuis toujours et quasiment les même stations, je dois être un réactionnaire qui s'ignore, du réseau Radio France à TSF jazz en passant de temps à autre sur Radio Libertaire (tonifiante station) et sur Nova. Mais il m'arrive encore fréquemment la nuit surtout de zapper sur le tuner, d'attraper ici ou là quelque chose. Et la rumeur de ce monde que j'entends n'est pas bien bonne. Rumeur au sens d'un bruit de fond, d'éclats de bruits qui en disent tellement plus long que ce que l'on veut bien en entendre. Parce que nous sommes en juillet. Parce que c'est bientôt août, parce que c'est les vacances. Parce que c'est l'été. Mais les passants ont beau mettre des tongs, des chemises courtes, des décolletés enjôleurs pour se bercer d'une illusion : il pleut sur la capitale, la température ne dépasse pas 14 le matin et 19 l'après midi. J'aime ce temps. Il est à l'image de ce qui se passe dans ma tête. Chaotique. Sporadique. Je n'aime pas les temps trop beaux, trop chauds, trop "tout". Il me faut de la glace, de la neige, de la banquise. Du polaire. Des nuages dans les cieux, des noirs et des blancs ; des gouttes qui tombent ou qui menacent de tomber. Des lumières de fin du monde. Longtemps je trouvai ca bizarre : je suis né au bord de la mer, au sud ; au milieu des champs d'olivier et des cigales. Sous le soleil exactement comme dirait une célèbre chanson. Je suis de Provence. Et j'aime cette région sans pour autant ses habitants, mais ca c'est une autre histoire.... Presque vingt heures, il pleut. Une jeune fille noire est au comptoir avec un homme qui semble être son amoureux. Depuis quand ne m'a t-on pas dit "je t'aime".... depuis quand n'a t-on pas posé un regard d'envie sur moi ?... Je ne sais plus. Je ne veux pas savoir. Il faut que je m'en foute. Absolument. Tout cela n'a pas d'importance. Chacun a la méthode Coué qu'il peut. "On regrette de rester, rarement d'être parti" dit quelqu'un dont je ne me souviens plus le nom. Quand je vous disais qu'on a la méthode Coué que l'on peut.... Partout on lit des phrases certes belles mais qui ne veulent rien dire. Marre des illusions. Des poudres aux yeux. J'ai longuement regardé Paris sous la pluie cet après midi : je me suis arrêté dans un bistro bien sympa à l'angle de la rue Poliveau, dans le Ve arrondissement. Oui c'est bien la rue Poliveau du film d'Autant Lara "La traversée de Paris" avec Gabin, Bourvil et De Funès. C'est ce dernier qui joue le rôle de Janvier qui veut faire transporter un cochon découpé dans des valises aux deux autres. Gabin exigeant plus d'argent il se met à gueuler Janvier, 45 rue Poliveau, 5000 Francs ! Je suis dans cette rue dans un bistro qui s'appelle justement... la traversée de Paris ; au mur il y a des photos grand format du film. Il pleuviote. Il ne fait pas chaud. Le vent souffle. C'est justement lui qui m'a amené jusque là. La grande Mosquée de Paris n'est pas loin, le muséum d'histoire naturelle non plus. Cette petite place sur laquelle donne ce bistro grand ouvert au plafond assez bas est calme, étrange ; elle a tout à fait l'air de Paris l'été quand ses habitants l'ont déserté, surtout un dimanche après midi. Quand la capitale est comme ca je me dis que je ne voudrai pas la quitter. Et j'avais l'impression bizarre que ce que je voyais de la capitale était ce que je redécouvrai après un long voyage. Serai je déjà parti sans le savoir ?.... Les images de Paris m'arrivaient comme des cartes postales que personne ne m'aurait envoyé. Des vues tremblantes derrière une vitre, de celles des salles de bain pour pas que l'on nous voient sortir du bain. Je m'apercois qu'une de mes chaussures prend l'eau. La jeune fille noire quitte son amant potentiel. Les feuilles des arbres s'agitent. La nuit tombe vite. Je pense à l'Afrique. Je pense aux
Antilles. Je pense à elle. Je pense à des traces de pieds mouillés qui sèchent vite au soleil sur la margelle d'un piscine en plein mois d'août. Ses pieds. Nous venions de faire l'amour dans l'eau quelques instants auparavant. C'était il y a mille ans, deux mille ans. Presque l'éternité. Que mes jours étaient beaux en ce temps là, il y avait quelque chose du conte de fées dans tout ca. J'étais jeune, trop, je ne savais pas que les bonnes danses sont rares. On l'apprend bien plus tard, trop tard sans doute. Telle est l'existence des êtres humains. " Une condition humaine" comme l'a écrit un génial écrivain. Le bistro se vide peu à peu. Mon téléphone n'a pas sonné de la journée. Aucun texto n'est arrivé. Mes dents m'ont fait un peu mal. J'ai un peu bu. Rêvé. Ecrit. Lu. Une impression de n'avoir rien fait. Même pas une photographie. Je n'avais pas emporté mon appareil. Je n'avais que moi sur moi. Dans le bistro de la rue Poliveau j'ai emprunté "Le Parisien" journal que je ne lis jamais d'habitude. Peut être ai je croisé des lectrices ou des lecteurs de mon carnet.... il m'arrive d'y penser. La pluie frappe beaucoup maintenant. Il faut que je rentre. Dans un appartement froid, un lit froid. Mon coeur est froid de toute façon, même si c'est une impression, une illusion, je vous l'ai déjà dit : on a les méthodes Coué que l'on peut. Une femme chinoise vient vendre des machins et des bidules, des lampes boules qui changent de couleur, des briquets aux flammes bleues, des ânes en peluche qui dansent quand on les pose par terre ; ce bistro devient la cour des miracles.
Demain sera un autre jour. En tout cas on le dit.
(Photographies personnelles : Place de la République, juin 2007 - Eglise de Saint Germain des Prés, mai 2006)
08 juillet 2007
1032.L'exil.
Préférer le silence au tumulte. Les ombres aux lumières, le calme aux bruits de la fausse vie. De plus en plus la capitale m'éloigne d'elle. Sans qu'elle le sache, sans qu'elle le veuille. C'est comme ça et puis c'est tout. Le philosophe Alain écrivit un jour "c'est fort, et c'est plus fort que moi" pour dire qu'il y a des choses que l'on ne contrôle pas, qui ne s'expliquent pas. Elles sont là. Elles s'imposent. Les nuages ont fini par se retirer un peu en ce premier week end de juillet, Paris hérite d'un ciel bleu mais toujours pas comme ceux que je connais en Provence. Il y a un mariage sur la place. Tout le monde est endimanché que ca en est ridicule et dire que l'on se souvient, paraît il, de ce jour là toute sa vie... Les cloches sonnent : le couple sort. Je regarde la scène comme beaucoup de choses en ce moment, comme des choses qui ne me concernent plus. Une espèce de vide se crée autour de moi, aspirant tout sans laisser aucune trace. Suis je devenu une masse noire, tels ces trous noirs que l'on rencontre dans l'immensité des univers, parallèles ou non, qui nous entourent ? Suis je devenu cet individu infréquentable parce qu'il laisse derrière lui son cortège de larmes, de tristesses ; de chagrins inconsolables et de pessimisme, actif certes, mais de pessimisme tout de même ? Mes différences se seraient elles tant révélées enfin pour que je sois presque d'un autre monde ? Et le métro m'emporte tous les matins comme un fantôme. Je vais, je viens. Je vis et pourtant j'ai cette curieuse impression, cette quasi certitude d'être en train de mourir. Tout mon être se désagrège, ma condition d'adulte se dilue dans celle de mon enfance qui revient au galop. "Essentiel" : ce mot tape dans ma tête, tourne et retourne ; lance des pistes à gauche et à droite, en haut et en bas ; partout. Je sais que je n'ai plus le temps. Tout mon être tend vers l'exil. Je suis déjà en exil ici et maintenant. Exil de misère. Médiocre. Il faut que je parte chercher ailleurs les empreintes de mon espace.
Il fera beau ce week end ; la pluie, le vent, le froid reviendront lundi.
(Photographie d'Eric Corbel)
07 juillet 2007
1031.Solitude, société et autres choses superflues (2)
Et avec le temps tout passe, tout se casse. Je regarde souvent les éclats des années passés, répandus dans ma vie comme autant de petits cailloux, de ceux qui n'empêchent pas de marcher mais qui gênent dans les chaussures. J'avais écris une première version de ce long billet : je savais néanmoins qu'il y aurait des commentaires, que je devrai m'en nourrir et que bien entendu mon texte changerait. "Si l'amour sert à quelque chose, il sert à gagner du temps" nous dit Angeline. Elle a raison. Une des plus grandes interrogations de l'être humain concerne le sens de la vie. Je ne sais toujours quel est ce sens. Je suis là, je fais ou je ne fais pas, je pense ou je ne pense pas. Mais pourquoi ? Brel disait souvent que l'on se posait des problèmes d'immortels alors que l'on est mortels, ce qui change tout. Oui, tout cela a une fin, du moins terrestre. Toute notre existence n'est guidée que par un seul mot : éphèmère. Il faut bien le garder à l'esprit, toujours. Sur beaucoup de choses j'ai lâché la bride, je me suis concentré sur l'essentiel, sur ce qui compte à mes yeux dans le peu de temps qui reste. En ce moment je suis très seul. Solitude subie ou voulue, les deux se confondent alternativement. Un peu comme dans ces rêves où l'on ne sait plus très bien ce qui se passe mais qui laissent un goût amer au réveil (d'ailleurs, s'est on vraiment réveillé ?). La mélancolie que je traîne avec moi n'est pas à la mode ; mes plongeons dans le passé n'interessent plus personne, mes yeux dans le vide effraient la bien pensance ; et je reprends ce mot de Sade : "le passé m'encourage, le présent m'électrise, je crains peu l'avenir."
(Photographie personnelle : La solitude, piazza Beaubourg, mai 2007)
03 juillet 2007
1030.Solitude, société et autres choses superflues (1)
J'ai donné. Trop. Certaines diront pas assez. Ou mal. Pas comme il fallait. J'ai eu mal. J'ai fait mal. On ne sait pas quand, on ne sait pas pourquoi. On ne sait jamais. Le temps passe. Il y a eu des impasses. Des chemins de traverse. L'oubli. Ce que l'on croit avoir oublié. Je suis fatigué. Fatigué de ces marches qui ne cessent jamais, de ces mots que l'on dit au moment où on les prononce ; ces mots qui au bout du compte ne serviront à rien. Fatigué de cette hypocrisie. De ces accouplements factices qui ne sont là que pour tromper une solitude à laquelle de toute façon on n'échappe pas ; de ces fuites en avant permanentes, de ces choses que l'on croit partager et qui nous claquent dans les doigts un jour ou l'autre. En d'autres termes je ne crois plus en cette masse plus ou moins informe que l'on appelle "l'amour". J'ai aimé. J'ai été aimé. Mais.... est ce vraiment sûr ? Tout cela a t-il été réel ou est ce de la poudre de perlimpinpin ? A quoi correspondent ces moments passés ensemble ? Que valent ces étreintes où j'ai eu la stupide impression d'être roi et elles l'intelligence de me le faire croire ? Les optimistes viendront dire que ceci a existé, que c'est le principal et que comme le dit un vieux blues américain "quand j'aime une fois j'aime pour toujours." D'autres, que l'on va appeler les pessimistes mais qui sont beaucoup plus simplement des réalistes, diront que tout cela est du vent. Du vent bien agréable certes. Chaud ou tiède. Bouillant même. Mais du vent. De celui qui passe dans les branches des forêts bretonnes et que l'on retrouve pousser le sable au fin fond du Sahara. De celui qui souffle sous le nom de mistral en Provence et qui pourtant quelques kilomètres après s'appelle tramontane. On aime plaire dit-on. La sagesse populaire, dont souvent je me méfie, dit aussi : "il vaut mieux être seul que mal accompagné". Il est frappant de constater que beaucoup sont mal accompagnés, de peur d'être seul(e). Peur de perdre. De se retrouver face à soi. Notre époque rejette nombre de choses : la mort et la solitude ne sont pas les moindres. Et d'ailleurs on entend dire qu'au bout du compte l'une et l'autre, c'est kif kif. Et je me rappelle la chanson, que dis je le poème, de Léo Ferré "Avec le temps".
(A suivre)
(Photo : Au Bénin -alors appelé Dahomey- en 1948 ; photo de Pierre Verger)
1029.Quelque part.
Et en l'occurence ici rue Clavel, ancien maréchal d'Empire, dans le 19e arrondissement de la capitale. On voit fleurir sur les murs de nos villes différentes traces d'on ne sait trop qui ; ce petit personnage blanc synonyme semble t-il de liberté en fait partie. Je le suis de loin en loin lors de mes mini voyages dans Paris.
