29 octobre 2007
1093.Les mondes qui se rencontrent
Ainsi va la vie des Hommes. Le show de notre Président continue sans relâche, le spectacle est permanent ; tellement écoeurant que les mots manquent devant tant de gesticulations. Il est des temps où toute opposition est inaudible, nous vivons un de ces temps. Une gauche décomposée, incapable de construire quoique ce soit ou même de proposer quelque chose de fédérateur, bouffée qu'elle est par les luttes intestines qui finiront par la tuer. Alors moi même si je garde un oeil, et même les deux, sur toutes ces mascarades et que je continue à lutter (comment ne pas lutter, comment se laisser faire ?) je prends un peu de recul, je m'aère l'esprit, le coeur et le corps. Pour une des premières fois depuis très longtemps je pense pour quelques jours à moi. Sous la pluie parisienne je vis des heures qui ne sont pas ordinaires, de ces heures qui changent une vie si on sait les saisir. Un de mes rêves vient de se réaliser, je n'y crois pas encore et j'ai peine à en parler tant tout cela m'est personnel, tant tout cela n'a de signification que pour moi, tant je ne peux expliquer ce que cela représente pour moi : je viens de rentrer dans une famille africaine, accueilli comme un des leurs. Une maman, un papa. Quatre frères, quatre soeurs dont une avec laquelle on s'est choisis. Le plat de poulet Yassa qu'on mange tous ensemble, le thé à la menthe, le wolof et le peul. Les peaux noires. Le bruit, les rires, toute l'Afrique. Le Sénégal. Ces sonorités si douces à mon oreille. Ces couleurs, ces boubous, ces facons de vivre. Une journée magique. Il est toujours étrange de vivre un de ses rêves, on ne sait pas ce qui est réel, on ne sait pas trouver le vocabulaire ; se pincer ne sert à rien alors on se laisse porter. On laisse les minutes et les heures passer, on traverse la nuit et le lendemain matin on se réveille en constatant que tout est bien réel, un coup de fil vous le prouve, des voix venues de ce rêve vous parlent à l'oreille.
Qu'est ce qui m'arrive ?
(Photo : jeunes filles sénégalaises, DR)
26 octobre 2007
1092.Heures ordinaires
Un matin qui se lève, le petit jour qui pointe, le ciel gris ou blanc. Son corps contre le mien, blanc et noir mêlé dans la chaleur humaine d'une fin de nuit. L'odeur du chocolat, celle d'un thé aux agrumes. Le bruit de la douche qui coule. Son visage endormi, son sourire. Le parfum de sa peau. Le baiser qu'elle m'envoie tandis que je ferme la porte pour aller rejoindre le trafic du métro parisien. Mes pas sur le trottoir, un coup d'oeil à la Tour Eiffel dans l'alignement de la rue de Belleville. Ma tête remplie d'Elle. De tout le reste. Le bruit de la capitale, cette femme qui s'asseoit à côté de moi, celle qui lit en face et ces jeunes qui parlent de leurs interrogations écrites du matin qui vient. La foule dans la correspondance à la station République, le flux des êtres humains vers la ligne 8 direction Balard. Le journal que j'achète au kiosque, les odeurs de croissant dans les couloirs, mes rêves et mes songes au milieu de la foule. Station Ecole Militaire. Je somnole un peu. J'ai froid, j'ai mal au cou. Station Boucicaut : je sors, je marche dans la rue de la Convention. Je m'allume une cigarette. Mes yeux croisent ceux de dizaine de visages. Rue de la Croix Nivert, rue Lecourbe. Le ciel de Paris est gris, humide. Je pense à elle. A mon fils. A ma mère. A mon père. Mégot écrasé dans le caniveau. La circulation dense. Les Vélib' qui passent. Le coeur de la capitale qui se remet à battre. Comme le mien.
Un matin ordinaire dans la ville lumière.
(Photographie d'Arnaud Frich)
23 octobre 2007
1091.Etre là, ne pas y être
On peut être avec une personne depuis vingt ans et ne pas savoir qui elle est. On peut avoir rencontré un être humain depuis un mois et avoir les sensations délicieuses de se connaitre depuis les débuts de la vie. La durée des choses ne compte que finalement peu, seule l'intensité prime. Mystères de la vie, mystères des choses, mystères du temps qui passe. On me disait dans le billet précédent d'avoir une écriture plus masculine : un débat s'est instauré entre vous à ce sujet. J'ai écouté, j'ai peu répondu. Mais j'ai apprécié. Je pense que chacune et chacun a une idée de moi à travers ce que j'écris, à travers ce que je vous dis. Quelle idée avez vous de moi ? Que ressentez vous de moi ? Et vous pourriez me renvoyer la question : qu'est ce que je sais de vous ? qui êtes vous, vous à qui je pense quand je viens écrire ici ? Je me sens de moins en moins virtuel....
PS : vos photos sont là. Mais une panne de cordon d'alimentation de mon ordinateur m'empêche de vous les envoyer. Problème réglé prochainement...
16 octobre 2007
1090.Dormir avec une femme
Il y a si longtemps. Un corps dans mon lit. A côté du mien, entité lourde, endolorie ; habituée aux solitudes des jours qui passent plus ou moins dans la raison, des matins un peu frais aux soirs qui tombent et où je me sens revivre. Un corps à coté du mien. Un corps de femme. Noir d'ébène avec un visage qui me sourit. Des mains douces aux doigts fins qui s'entrelacent avec mes membres hésitants, mes gestes remplis de frissons, mon cerveau méfiant. Mon nez, mes joues, mon front qui ne sont plus habitués à recevoir la tendre caresse d'autrui. Le corps d'une femme à la taille cerclée d'une chainette que la femme africaine réserve à l'homme qui la voit nue. Ses yeux qui regardent les miens si intensément que j'en suis gêné, ce corps qui se blottit contre le mien ; cette peau noire qui se mélange avec la mienne, image belle à en mourir. La nuit lente se déroule. Ni elle ni moi n'envisage que les minutes puissent passer si vite. Il y a si longtemps.
15 octobre 2007
1089.Récapitulationnons....
J'ai mon petit carnet où j'ai barrré soigneusement ce que j'ai photographié. Alors ce sera la nature à Paris pour Libérienne, le parcours Giacometti dans le XIVe pour Mohamed, le Trocadéro du côté droit pour Alain, Spiruline voulait Montmartre, le père Lachaise plait à Nina, je suis allé au 106 rue des Amandiers pour Hadrienne et à Campo Formio pour Suzana, je me suis baladé aux Tuileries en pensant à Angeline, pris quelques portes pour Belotine et me suis énivré des parfums de la boutique Izrael dans le Marais pour Michèle et ce que je considère comme romantique dans la capitale pour Noir Intense. Je pense n'avoir oublié personne. Tempérance n'aura pas une bête photo de la fenêtre de sa chambre d'hôtel en souvenir d'une rencontre ratée ; je suis allée pour elle lui capturer bien mieux. Les premières photos vont arriver à partir de demain dans vos boîtes, je les accompagne d'un mot pour chacun de vous. Et je voulais que vous sachiez encore combien ca m'a fait plaisir d'aller parcourir Paris pour vous.
(Paris, Pont Neuf, rive droite, "La Samaritaine" - photo personnelle)
14 octobre 2007
1088.Pendant ce temps là
La mort de mon père a été un choc immense, il n'existe d'ailleurs aucun mot vraiment pour qualifier la douleur, la souffrance et le chagrin que je ressens. C'est pour cela que je n'en parle pas. Que je n'écris rien, ou presque. En moi il ne passe pas une seule demi-journée sans que l'image de ce père m'assaille, quoique je fasse et où que je sois. Elle me laisse souvent muet. L'autre nuit j'ai rêvé qu'il était vivant : il était là, devant moi ; il s'était remis de son arrêt cardiaque mais on avait du lui faire une trachéotomie et il parlait avec une voix métallique. Je ne me suis pas rappelé du rêve tout de suite. C'est en me brossant les dents le matin que les images me sont revenues en pleine mémoire. J'ai arreté net la brosse, la musique de Coltrane que j'écoute pratiquement tous les matins. Le silence s'est fait et les larmes ont coulé, presque sèches. Que dire ? Que faire ? Assis je me suis allumé une cigarette, j'ai respiré fort. Tout me semblait égal, tout me paraissait loin. Et pendant ce temps là ma mère se sent perdue. Pendant ce temps là cette femme se demande pourquoi son mari l'a laissée seule après soixante ans de mariage. Et quand je l'ai au téléphone le soir elle me dit tout son chagrin à travers ses larmes, tout ce desespoir passe à travers les lignes téléphoniques. Après avoir raccroché je suis bouleversé, j'étouffe et les rues de Paris sont sans saveur.
Pendant ce temps là.
(Photographie personnelle : la rue des Cascades, XXe arrondissement de Paris)
11 octobre 2007
1087.Avec vous
Elles sont presque toutes là. Bousculade dans mon appareil. Je vais en arranger quelques unes. Elles sont toutes pour vous. Quelques unes manquent encore mais... ce week end je les aurai capturées. Elles, ce sont les photographies que je suis allé faire pour vous. Encore un peu de patience, je sais, le temps semble long. Mais je dois zigzaguer entre diverses choses, dont certaines ne sont pas réjouissantes ; c'est la vie. Merci de votre indulgence. De votre compréhension. Mon existence ressemble en ce moment à une voiture qui serait lancée à pleine vitesse.
En attendant, je vous offre un petit texte presque sans importance écrit dans mon adolescence...
De
ce temps là je vois le chemin qui poudroie au soleil Sous la chaleur accablante
de juillet au milieu des pins
Nos
pas l’un dans l’autre relayés par nos mains serrées Le ciel n’avait peut être
jamais été aussi bleu que ces après midi là
Tu
avais ce petit short blanc mêlé de rose et pas de culotte Sous un tricot bleu
je devinai tes seins
D’un
coup d’œil nos regards se mêlaient et on arrivait à tout oublier L’air devenait
bouillant Nous faisions l’amour dans les bois Ta peau était douce La caresse de
l’été fondait sur nous Cet unique été
De
ce temps là je ne me rappelle plus bien Le souvenir de toi est une ligne en
pointillés Un gigantesque puzzle où il manque des pièces Où je perds patience
Où mes mains tremblent
Bien
des années plus tard à Paris le soleil est encore là Dans le métro rien ne
poudroie mais la chaleur est encore accablante Je ne te cherche plus Jamais je n’ai plus entendu ta voix
Je
ne suis plus embrumé de toi Tu n’es plus ce léger voile qui me venait parfois
sur les yeux
L’infime
latence de ma vie
Longtemps
je me suis senti coupable de toi Et puis un matin je t’ai intégrée
Ingérée
Digérée
Comme
une narine qui se débouche Tu es entrée dans mon existence Comme une fièvre.
Et
c’est là que j’ai su.
09 octobre 2007
1086.Fixer
En parcourant divers blogs, dont les vôtres, en lisant et en regardant les images quelque chose revient de manière lancinante, clairement ou de façon plus inconsciente : l'amour. Ce besoin d'être aimé ; sans doute encore plus le besoin d'aimer. J'ai souvent l'impression que ces deux choses sont chez moi un puits sans fond, une quasi certitude que rien ou personne ne pourra les combler tant j'en suis demandeur, presque dépendant souvent, tant j'en déborde. Je demande trop, c'est sûr.... Le jazz, la littérature, l'écriture ; paradoxalement la solitude, toutes ces passions essaient de remplir ce gouffre de sentiment que je me sens souvent être. Alors je prends aussi des photos. J'ai toujours aimé prendre des photos, faire des petits films, au point d'en faire mon métier ce fut un temps. Photographier c'est fixer un instant. Une émotion. Un sentiment. J'ai toujours déclenché mon appareil comme si je sortais mon stylo plus que si j'avais un pinceau pour faire une toile. Dans la rue, mes yeux vont dans tous les sens. J'aime capter le quotidien, des scènes apparemment anodines mais qui ne le sont pas. Si vous vous promeniez avec moi vous seriez sans doute étonnés de voir que je peux m'arrêter sur des choses que vous n'aviez pas vues ou que vous considéreriez comme bizarres à photographier... Prendre des photos me calme. Je laisse le temps passer, je rêve et j'observe. Je passe, je repasse, je reviens et je m'arrête. Parfois aussi je m'installe à la terrasse d'un café et je regarde. Il peut m'arriver de partir avec mon appareil mais de ne revenir avec aucune photo... Ce n'est pas grave. Après le plaisir de pousser le bouton, la joie de voir ses clichés en grand sur l'ordinateur ; d'y apporter quelques retouches ou pas. Un plaisir du début à la fin en somme.
Mais je ne fais pas que me promener : je fais aussi de la photographie pour l'échange, la rencontre, la relation humaine. Et j'aime photographier l'Afrique (ca ne vous étonnera pas...), et ici, à Paris, l'Afrique est là, bien là. Sous toutes ses formes, y compris les moins réjouissantes. Je n'ai jamais eu l'idée de publier mes photos sur un site, encore moins de les vendre... mais des amis, des connaissances ont été accrochés par certains de mes clichés allant même jusqu'à dire qu'ils étaient "magnifiques" ! Moi qui ne suis jamais sûr de moi vous imaginez l'effet de ces quelques paroles ! Alors de semaines en semaines, de mois en mois et d'années en années, j'ai fini par y croire ; mais surtout l'envie de montrer mon travail m'est apparu : un ami webdesigner talentueux réalise en ce moment mon site photo qui sera en ligne prochainement, j'en suis tout excité. Mais je vous disais que je photographiais l'Afrique. Il m'arrive de faire des séances photos avec des personnes rencontrées ici ou là. Justement, j'en ai fais une dimanche dernier : les clichés qui illustrent ce billet en sont issus (cliquez dessus pour agrandir). Faire des photos c'est se retrouver à une table de café, face à face. C'est parler. De tout. De rien. Presque pas de photos justement. C'est découvrir l'autre pour le plaisir de le découvrir (encore plus, je vous l'accorde s'il est africain, africaine, antillais ou antillaise....). C'est peut être devenir amis. Faire des photos c'est tout un monde de peut être.
Dimanche c'était une jeune antillaise de dix neuf ans, belle comme un coeur et remplie d'espoir de sa future vie. Elle m'a parlé de Guadeloupe, de Martinique, de créole et de cuisine antillaise. Elle m'a parlé de sa condition de femme noire.
Elle s'appelle Severine. Merci Severine. Comme merci à tous et à toutes les autres, les passés et à venir...
(Au fait je ne parle pas rugby parce que ca ne m'interesse pas du tout, ni de Sarkozy tellement ce qui se passe m'écoeure....)
08 octobre 2007
1085.L'air de rien
On parlait jazz il y a quelques billets, continuons. Après le pianiste Yaron Herman voici le guitariste Richard Bona. L'homme est camerounais, bassiste, compositeur, chanteur ; le jazz qu'il produit est doux, tendre, mâtiné de rythmes africains qui laissent dans l'oreille du sucre et de la tendresse. J'ai découvert ce gars là tout à fait par hasard (ou pour une question de rendez vous comme dirait Borgès dans le billet précédent...) sur une affiche dans le métro parisien : elle annoncait un concert dans un club, la bouille de l'homme m'a paru sympa, je ne le connaissais pas et à l'affût de tout ce qui se passe en jazz me voici parti le soir du concert. Etes vous déjà allé dans un club de jazz ? Il faut d'abord dire que ces lieux sont chers : comptez en moyenne une trentaine d'euros, une conso comprise, renouvellable toutes les heures.... et le moindre café est à cinq euros ! Ensuite l'espace est souvent petit, réduit, enfumé (comment va t-on faire lors du passage de la loi scélérate ? Un club de jazz où l'on ne fume pas n'est pas un club de jazz, la cigarette fait partie de l'ambiance jazz, du plaisir de vivre....) et puis dans un club on fait des rencontres avec des vrais passionnés, on est proches les uns des autres ; les musiciens sont quasiment à vos côtés, très près et abordables. L'ambiance monte peu à peu, les mains battent, les pieds tapent la mesure, tout le monde se met à transpirer... Magie de cette musique.. Mais ne transpirons pas et revenons à Richard. Il a gravi rapidement les marches de la notoriété grâce à ses talents exceptionnels. Né en 67 il est initié au jazz en écoutant des disques de Jaco Pastorius ce qui, avouons le, est un très bon départ. Je vous parlerai de Pastorius bientôt. A 22 ans il quitte le Cameroun, fait un détour par l'Allemagne et vient s'installer en France et accompagne des gens aussi différents que Higelin, Didier Lockwood, Manu DiBango. C'est en 1995 qu'il part à New York (où il est toujours) jouant là aussi avec des noms prestigieux de la scène jazz américaine. Un premier album solo sort en 99. Et depuis c'est le succès : festivals de jazz en tous genres, notamment le prestigieux Jazz à Juan où il se produisait cet été, tout en continuant à accompagner toute une pleiade de gens dans des compositions mémorables. Un jazz qui coule bien, qui vous descend dans la gorge comme un bon vin, une présence sur scène des plus énergiques (l'homme ne s'économise pas) ; un jazz tout en sensations, idéal pour une bonne soirée avec l'élu (e) de votre coeur ou d'autre chose avec chandelles, certains diront un jazz facile mais moi je dis un jazz aussi, africanisé sur certains morceaux et Bona le fait très bien, il ne renie rien de son africanité, c'est tant mieux.
(Où écouter du Richard avant là aussi de se ruer sur ses albums ? Et bien ICI...)
06 octobre 2007
1084.La capitale
Il y a quelques jours vous m'avez passé commande de vos photographies de la capitale : j'ai commencé à arpenter les rues de la ville pour aller cueillir ce que vous m'avez demandé. Encore un peu de patience, tout arrivera dans vos boites mails bientôt... En attendant un premier cliché, Paris (une partie du moins) vu du Parc de Belleville, près de Ménilmontant, cliché pris le 6 octobre. En agrandissant la photo vous verrez à gauche la tour Montparnasse, au milieu Beaubourg et ses tubes et bien sur à droite la tour Eiffel. Je vous laisse décortiquer le reste....

