11 novembre 2007
1094.Un peu de tout, un peu de rien
Voilà quelques jours que j'ai déserté ces colonnes, ce blogue, mon clavier et mes écritures diverses et variées. Ainsi va la vie des Hommes. Déserté ce blogue, certes. Mais pas les vôtres. Et si je n'y mets pas de commentaires, c'est tout simplement parce que je suis dans ma période d'observation. J'ai souvent des périodes comme cela : j'observe, je participe, parfois je fais les deux, parfois aucun des deux... J'ai déserté ces lignes parce que oui l'amour a sonné à ma porte, qu'il est beau, simple, lumineux ; comme je l'avais toujours souhaité. Qu'il me fait du bien. Mais là ne sont pas les seules raisons. Je n'avais plus de cordon d'alimentation pour mon ordinateur portable : je viens d'en retrouver un. Ce qui me permettra d'écrire tranquillement de ma (très) modeste demeure les billets qui vous sont destinés plutôt que de courir les cyber-cafés souvent peu confortables et où la promiscuité est gênante. Ce brusque retour de cordon va me permettre enfin de vous envoyer vos choses promises, c'est à dire vos photographies d'il y a quelques semaines ; je n'ai qu'une parole et je n'ai rien oublié. Outre ce malheureux fil qui ne pouvait plus nourrir mon ordinateur, je dois faire face à des difficultés qui pour certaines ou certains paraîtront peu graves mais qui m'empêchent pourtant de me concentrer autant que je le voudrais, qui nuisent à mon sommeil et qui pour tout vous dire me font chier à un point qu'il m'est difficile d'exprimer ici. Voilà maintenant un peu plus de deux mois que mon père est mort, voilà maintenant un peu plus de deux mois que je ne m'en suis pas remis, voilà un petit peu plus de deux mois que je ne passe pas une demi journée sans penser à lui. Ma mère est entrée dans une maison de repos dans sa Provence qu'elle aime tant, voilà que c'est la première fois qu'elle quitte la maison sans son mari, cet homme avec qui elle vivait depuis plus de soixante ans. Elle a du quitter ses meubles, sa chatte, ses habitudes, toute cette vie qui était la sienne. Elle m'appelle matin et soir. Dans le téléphone parfois j'entends souffler le froid mistral qui tord les platanes de cette Provence que j'aime moi aussi. J'y entends aussi toutes les souffrances d'une femme de 79 ans qui se sent perdue certains soirs, qui ravale ses larmes quand elle me dit que son mari lui manque et que c'est une douleur sans nom. Là bas il y a mes deux soeurs et mon frère qui l'entourent autant qu'ils le peuvent. Et moi ici à Paris je rage de ne pouvoir descendre la voir à cause d'un manque d'argent, à cause des mois plus que difficiles qui viennent de s'écouler dans la boîte où je bosse, ou d'un effectif de 57 on est passé via des licenciements à 20 (!), où j'ai sauvé ma tête je ne sais encore comment mais où mon salaire misèreux (tandis qu'on nous en demande encore et toujours plus) me permet non pas de vivre mais de survivre. Alors ce qui devait arriver arrive : des huissiers, pas forcément très aimables, me demandent 400 euros sinon ils viendront saisir ce qu'ils ont à saisir, à savoir cet ordinateur sur lequel je tape ce billet, un lot de livres et de cd (c'est à dire tous mes bouquins et tous mes cd) ainsi qu'une télé (dont je n'ai plus rien à faire à vrai dire) Vive la France et ceux qui font ce beau métier : prendre le peu qui reste à ceux qui n'ont déjà pas grand chose ! Mais il ne sert à rien que je m'énerve ici, il y a très peu de chance que cet huissier lise ce blogue. Il fut des temps où je gardais tout cela en moi, où la honte me couvrait, où je buvais tout ceci en silence. Ces temps sont révolus parce que dans ces situations on va à l'essentiel, on ne couvre plus avec des fioritures ; et ici, dans ces colonnes j'ai toujours parlé vrai, je vous ai toujours tout dit dans la plus parfaite authenticité et que je ne vais pas commencer à vous raconter des sornettes maintenant, on se connait trop. 400 euros... somme sans doute dérisoire, somme sans doute minime pour beaucoup, mais somme qui correspond à la tranquillité pour moi et quand je pense à ces quelques euros je me dis la tranquillité est pas chère mais que je ne peux pas me la payer...
La femme que j'aime dort à côté de moi pendant que j'écris ces lignes. Je la regarde. Sa peau noire brille légèrement avec la lumière de l'écran d'ordinateur. Je m'arrête de taper sur le clavier.
Elle est là.
Vous êtes là.
(Cliché personnel : les mains et la peau de la femme que j'aime, novembre 2007)
