L'âge d'homme

et l'on continue à accepter l'inacceptable et à supporter l'inacceptable

03 décembre 2007

1098.Les mains dans les poches

Rolls_devant_le_pont_Alexandre_III__Paris__d_cembre_2007_Et il parle, encore, toujours. Partout. Clamant avec raison qu'il a été élu pour agir, alors il agit. Ferme, déroulant son programme face aux tempêtes et sans sourciller. Bête politique, notre Président est omniprésent, rien ne semble pouvoir arrêter cette machine ; infatigable promoteur de l'idée libérale (travaillons plus pour gagner plus, compétitivité à outrances, sur-consommation j'en passe et des meilleures). Et en face, le néant. Socialistes déchirés donnant un piètre spectacle d'une opposition vide de sens, sans programme et pire ayant perdu une partie de ses valeurs ; incapable de réagir à quoique ce soit sinon par des banalités mille fois rabâchées. Communistes à la dérive, laminés par les échecs successifs, alter mondialistes impuissants à s'organiser et à parler d'une seule voix. Le tout inaudible en ces temps de Sarkozysme triomphant. Tout comme ma propre voix, d'ailleurs : j'ai l'impression qu'elle n'a pas sa place en ce moment, qu'il vaut mieux que je me taise le plus souvent ; que je laisse entre eux quelques clans qui semblent croire détenir je ne sais quelle vérité sur je ne sais quel sujet, tournant en rond dans un milieu fermé comme l'eau de ces aquariums qui ne voit jamais la mer. Bah ! Les bons vents reviendront, les roues tourneront. Rien n'est heureusement figé dans ce monde. Même ce mal de gorge, ruine d'une angine récente, me quittera. Mes yeux regardent distraitement toutes ces ampoules qui clignotent, ces Père Noel qui se trémoussent, ces papiers multicolores qui brillent. Symptômes d'une société qui s'ennuie, d'une société triste ; qui cherche ses repères et qui se force à trouver des raisons de faire la fête, qui se force à rester dans le bonheur permanent. Tout cela passera aussi. Ce seront les premières fêtes de fin d'année sans mon père. Sans sa présence rassurante, sans son rire et ses jeux de mots.

Le premier Noel sans une partie de moi.

(Photographie personnelle : voiture de mariés devant le Pont Alexandre III, coté rive droite, Paris, 1 décembre 2007)

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13 novembre 2007

1095.Mais que fait la police ?

RATPJe ne vais pas vous saoûler avec mes difficultés de l'existence, tout le monde a les siennes, à des degrés plus ou moins importants ; ma mère dirait que chacun porte sa croix. Alors justement demain (ou ce jour cela dépend du moment où vous lisez ces lignes) les grèves paralyseront le pays en général, Paris en particulier. Et comme tout bon parisien qui se respecte j'ai les yeux rivés sur les bulletins d'informations de la RATP, vénérable institution faisant partie intégrante du patrimoine de la capitale ; les mots sont clairs et nul besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre que le trafic métro et Rer sera "quasi nul" (ce qui est un terme diplomatique pour dire que rien ne roulera...), que toutes les interconnexions  (c'est à dire les correspondances) ne seront pas assurées dans les gares parisiennes, que les bus et les trams ne seront assurés qu'à 10 pour cent (diplomatie toujours...) Bref, journée noire qui de surcroît risque de durer. Alors oui ces grèves m'ennuient dans ma vie quotidienne : qui n'a pas connu Paris les jours de grève ne peut pas savoir ce qu'est un embouteillage.... Mais en même temps elles font plaisir : enfin s'apercoit on qu'au delà du cirque sarkozyste il n'y a rien de bien sérieux et qu'en fait de rupture elle n'est que formelle, genre contenant sans contenu. Cela dit, je ne sais pas chez vous mais ici à Paris on se croit déjà à Noël tant certaines devantures sont parées de crèches, guirlandes multicolores et clignotantes, sapins empesés de boules scintillantes ; j'en passe et des meilleures. Je trouve que tout cet attirail arrive de plus en plus tôt, la société marchande dans laquelle nous vivons non contente de nous imposer tout et n'importe quoi, surtout d'acheter ; mais en plus nous impose son rythme à la con enchaînant périodes de fêtes sans discontinuer à croire que l'on s'emmerde ferme dans nos vies au point d'aller chercher ripaille et galéjade du matin au soir et d'un bout à l'autre de l'année. Je ne saurai vous dire pourquoi mais tout ceci me semble pitoyable, lamentable, pathétique.

(La photo provient du site Figaro.fr)

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11 novembre 2007

1094.Un peu de tout, un peu de rien

Rouge__Safyatou__ma_femme__S_n_gal_Voilà quelques jours que j'ai déserté ces colonnes, ce blogue, mon clavier et mes écritures diverses et variées. Ainsi va la vie des Hommes. Déserté ce blogue, certes. Mais pas les vôtres. Et si je n'y mets pas de commentaires, c'est tout simplement parce que je suis dans ma période d'observation. J'ai souvent des périodes comme cela : j'observe, je participe, parfois je fais les deux, parfois aucun des deux... J'ai déserté ces lignes parce que oui l'amour a sonné à ma porte, qu'il est beau, simple, lumineux ; comme je l'avais toujours souhaité. Qu'il me fait du bien. Mais là ne sont pas les seules raisons. Je n'avais plus de cordon d'alimentation pour mon ordinateur portable : je viens d'en retrouver un. Ce qui me permettra d'écrire tranquillement de ma (très) modeste demeure les billets qui vous sont destinés plutôt que de courir les cyber-cafés souvent peu confortables et où la promiscuité est gênante. Ce brusque retour de cordon va me permettre enfin de vous envoyer vos choses promises, c'est à dire vos photographies d'il y a quelques semaines ; je n'ai qu'une parole et je n'ai rien oublié. Outre ce malheureux fil qui ne pouvait plus nourrir mon ordinateur, je dois faire face à des difficultés qui pour certaines ou certains paraîtront peu graves mais qui m'empêchent pourtant de me concentrer autant que je le voudrais, qui nuisent à mon sommeil et qui pour tout vous dire me font chier à un point qu'il m'est difficile d'exprimer ici. Voilà maintenant un peu plus de deux mois que mon père est mort, voilà maintenant un peu plus de deux mois que je ne m'en suis pas remis, voilà un petit peu plus de deux mois que je ne passe pas une demi journée sans penser à lui. Ma mère est entrée dans une maison de repos dans sa Provence qu'elle aime tant, voilà que c'est la première fois qu'elle quitte la maison sans son mari, cet homme avec qui elle vivait depuis plus de soixante ans. Elle a du quitter ses meubles, sa chatte, ses habitudes, toute cette vie qui était la sienne. Elle m'appelle matin et soir. Dans le téléphone parfois j'entends souffler le froid mistral qui tord les platanes de cette Provence que j'aime moi aussi. J'y entends aussi toutes les souffrances d'une femme de 79 ans qui se sent perdue certains soirs, qui ravale ses larmes quand elle me dit que son mari lui manque et que c'est une douleur sans nom. Là bas il y a mes deux soeurs et mon frère qui l'entourent autant qu'ils le peuvent. Et moi ici à Paris je rage de ne pouvoir descendre la voir à cause d'un manque d'argent, à cause des mois plus que difficiles qui viennent de s'écouler dans la boîte où je bosse, ou d'un effectif de 57 on est passé via des licenciements à 20 (!), où j'ai sauvé ma tête je ne sais encore comment mais où mon salaire misèreux (tandis qu'on nous en demande encore et toujours plus) me permet non pas de vivre mais de survivre. Alors ce qui devait arriver arrive : des huissiers, pas forcément très aimables, me demandent 400 euros sinon ils viendront saisir ce qu'ils ont à saisir, à savoir cet ordinateur sur lequel  je tape ce billet, un lot de livres et de cd (c'est à dire tous mes bouquins et tous mes cd) ainsi qu'une télé (dont je n'ai plus rien à faire à vrai dire) Vive la France et ceux qui font ce beau métier : prendre le peu qui reste à ceux qui n'ont déjà pas grand chose ! Mais il ne sert à rien que je m'énerve ici, il y a très peu de chance que cet huissier lise ce blogue. Il fut des temps où je gardais tout cela en moi, où la honte me couvrait, où je buvais tout ceci en silence. Ces temps sont révolus parce que dans ces situations  on va à l'essentiel, on ne couvre plus avec des fioritures ; et ici, dans ces colonnes j'ai toujours parlé vrai, je vous ai toujours tout dit dans la plus parfaite authenticité et que je ne vais pas commencer à vous raconter des sornettes maintenant, on se connait trop. 400 euros... somme sans doute dérisoire,  somme sans doute minime pour beaucoup, mais somme qui correspond à la tranquillité pour moi et quand je pense à ces quelques euros je me dis la tranquillité est pas chère mais que je ne peux pas me la payer...
La femme que j'aime dort à côté de moi pendant que j'écris ces lignes. Je la regarde. Sa peau noire brille légèrement avec la lumière de l'écran d'ordinateur. Je m'arrête de taper sur le clavier.
Elle est là.

Vous êtes là.

(Cliché personnel : les mains et la peau de la femme que j'aime, novembre 2007)

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01 octobre 2007

1079.Une époque formidable

bouclier_fiscalJe vais aller faire les photographies dont vous m'avez passé commande. Vous aurez bientôt tout ceci dans votre boite mail personnelle... pour les retardataires s'il y en a, je prends encore leurs désirs. En attendant, quelques lignes assez ébouriffantes sur le bouclier fiscal, ce fameux bouclier dont tout le monde a parlé... Les premiers résultats sont tout simplement scandaleux : 2398 contribuables parmi les plus aisés ont pu toucher ainsi, chacun, 50 000 euros en moyenne. Ca laisse rêveur, un mauvais rêve. Voici la suite de l'article publié par "Libération" la semaine dernière.

C’est ce qu’on appelle un télescopage. Alors que le budget présenté par Christine Lagarde et Eric Woerth serre la vis, notamment sur le nombre de suppression de postes de fonctionnaires, un document, que Libération s’est procuré, donne les premiers résultats du bouclier fiscal.

Ce dispositif plafonne à 60%, puis à 50% des revenus d’un contribuable le montant de ses impots, commence à fonctionner. Depuis le premier janvier, les contribuables les plus aisés peuvent demander aux services fiscaux une restitution, c’est à dire un chèque de remboursement de trop-perçu de leurs impôts.


Et les premiers résultats, sont assez édifiants: 2398 contribuables ont bénéficié de cette restitution. 2398 contribuables qui se partagent 121 107 041 euros. Soit en moyenne, un chèque de 50 000 euros par personne. Les dossiers viennent majoritairement de contribuables parisiens, puis de la région PACA, du Languedoc Roussillon et du Nord pas de Calais.

A l’époque de la création du premier bouclier à 60%, le gouvernement ciblait une grande partie des 335 000 contribuables assujettis à l’ISF (Impôt sur la fortune.) La gauche avait dénoncé cette saignée pour les finances publiques, expliquant que le dispositif n’était finalement qu’un cadeau de plus aux plus aisés. Affirmation validée par les premiers chiffres.

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28 septembre 2007

1077.Tomber sept fois, se relever huit

Quand_on_ouvre_nos_mains__Aissatou__S_n_gal_L'été qui a passé, l'automne devant nous. Les jours de pluie, le vent qui souffle. La nuit qui va tomber plus vite. Les aiguilles qui penchent. Ces certitudes qui nous font plus mal encore quand on ne se les avoue pas. Nos vies qui se croisent sans se rencontrer. Et tout ce qui nous fait veiller tard. L'autre nuit j'ai rêvé de mon père, il était vivant. Mais il est mort depuis un peu plus d'un mois maintenant. Mon chagrin ressort peu à peu, les images ne s'effacent pas, le manque creuse son oeuvre et je ne me vois parfois plus à travers les gouttes qui tombent. Les minutes me semble des heures. Le vent me rabat les cheveux sur le visage dans ces rues de Paris froides, grises ; je remonte mon col. Il pleut. On a toutes et tous des fonds de tiroirs dans notre mémoire aux travers desquels la vie que nous vivons est déformée. Toutes ces images en nous, ces envies de joie, d'amour et de chaleur qui ne peuvent pas sortir, et nos actes, nos mots qui les contredisent. Parce que l'on a tant besoin que l'on ait besoin de nous. Parce que la seule chose qui compte c'est aimer et être aimé, pour de vrai. Et sans doute le plus important est d'aimer. Certains jours j'ai envie de parler à tout le monde dans le métro, pour le simple plaisir de parler, de me sentir humain ; de ne pas penser à un avenir mais de vivre le présent du plus fort que je peux. Etrange temps où quand on s'approche des autres ils trouvent ca anormal, où l'époque est tellement viciée par endroits qu'être tout simplement humain devient suspect, étrange ; où tout suscite interrrogations comme si tout n'était qu'intérêt, marchandise ou monnayable. Epoque où je ne me sens pas à ma place, époque d'individualisme, de repli, de fermeture aux autres.

Une amie me disait par écrit hier "qu'elle ferait mieux de se taire". Ne devrai je pas faire comme elle ?

(Parmi les photos que je fais, certaines font battre mon coeur plus fort. Celle ci en fait partie. Astou, Sénégal, décembre 2006)

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10 septembre 2007

1065.Tu t'en vas....

actuel1Il ne reste plus beaucoup de provocateurs, je veux dire de vrais provocateurs ceux capables intelligemment de faire bouger les choses, surtout de les faire avancer dans cette société lisse de consensus mou où aucun mot ne doit être plus haut que l'autre au risque de passer au mieux pour un marginal asocial au pire pour un original ridicule. Il est de ces temps où l'on est totalement inaudible quand on va à l'encontre du discours dominant standardisé, en l'occurence en ce moment le libéralisme.  Et bien le nombre de ces agitateurs géniaux vient de diminuer encore : Jean Francois Bizot vient de mourir. Personnage hors normes, créateur du magazine Actuel et de Radio Nova il avait sur les choses un autre point de vue, une vision différente, quelque chose que les autres n'ont pas. Il n'est plus là et l'on s'enfoncera un peu plus dans le conformisme, la bien pensance et au bout du compte la confusion. Et dire qu'un certain Bernard Kouchner a été cofondateur du magazine.....

Salut Jean Francois.

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19 août 2007

1056.Au creux de l'été il s'en passe des choses

Voici un texte émanant du site actuchomage.com qui parle de la publication d'un rapport du Credoc, qui en gros étudie et observe les conditions de vie. Même en ces temps vacanciers, prenez le temps de le lire.

chomage_hautedef

Une étude du CREDOC (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de vie) semble montrer un durcissement de l'opinion des Français à l'égard des demandeurs d'emploi et des conditions d'indemnisation du chômage, à quelques mois du début de négociations difficiles sur l'avenir du régime de l'Unedic.

Cette étude a été réalisée fin 2004-début 2005 auprès d'un échantillon représentatif de 2.000 personnes âgées de 18 ans et plus et sélectionnées selon la méthode des quotas, à la demande de l'Unedic. Pour la première fois depuis 1990, près d'un Français sur deux (49%) jugent que l'indemnisation du chômage ne doit pas bénéficier à tous les demandeurs d'emploi - 50% pensent le contraire -, contre seulement 23% en 1990. Le CREDOC estime ainsi que 2005 marque une "rupture" dans l'opinion des Français et que la "critique du système s'accentue", d'autant que "la circonspection autour du dispositif d'indemnisation du chômage et de ses effets déresponsabilisants reprend de la vigueur".

L'institut de recherche a demandé aux sondés s'ils étaient "plutôt d'accord" ou "plutôt pas d'accord" avec plusieurs affirmations concernant les demandeurs d'emplois et les bénéficiaires de minima sociaux : plus de sept sur dix (72%) se disent ainsi plutôt favorables à la suppression des allocations chômage "aux chômeurs qui, au bout d'un certain nombre de mois, refusent un emploi moins qualifié ou moins rémunéré que celui qu'ils cherchent" (ils n'étaient que 70% en 2004). Une très large majorité (81%) sont "plutôt d'accord" avec l'idée qu'"il est parfois plus avantageux de percevoir des minimas sociaux que de travailler avec un bas salaire" (contre 76% un an plus tôt), et 70% avec l'affirmation selon laquelle "si la plupart des chômeurs le voulaient vraiment, beaucoup pourraient retrouver un emploi" (contre 67% en 2004).
Interrogés sur les moyens de "faire face aux dépenses d'indemnisation" alors que le régime d'assurance-chômage "connaît des difficultés financières", une majorité (43%) jugeraient préférable de "raccourcir la durée de versement des indemnités chômage". Quelque 26% préfèreraient une augmentation des cotisations chômage des salariés et des employeurs, et 23% une diminution du montant des indemnités chômage.

A quelques jours de la parution d'un décret sur le contrôle des chômeurs et à quelques mois des négociations sur la nouvelle convention d'assurance-chômage, les résultats de cette enquête pourraient s'avérer particulièrement sensibles. Les partenaires sociaux doivent en effet se réunir à l'automne pour fixer les nouvelles règles de cotisations et d'indemnisations de l'Unedic dans un contexte particulièrement tendu, alors que le déficit cumulé du régime devrait atteindre 13,7 milliards d'euros à la fin de l'année. Le représentant de FO à l'assurance-chômage, Jean-Claude Quentin, a d'ailleurs sévèrement critiqué aujourd'hui l'étude du CREDOC : "A partir d'une connaissance relativement limitée de l'assurance-chômage par nos concitoyens, on suscite des réactions populistes qui stigmatisent les demandeurs d'emploi", a-t-il déclaré, estimant que "cette façon de faire entre dans le jeu du patronat".
Dans un communiqué, l'Unedic a indiqué que l'enquête du CREDOC avait été réalisée "comme chaque année depuis huit ans". "Elle vient compléter un dispositif de connaissance de l'opinion des chômeurs et de celle des employeurs ou de la société dans son ensemble", menées à partir d'études sur "les caractéristiques socio-économiques" des chômeurs, "la perception des services offerts" par l'Unedic ou les "intentions d'embauche des entreprises".

Si tout va bien ce texte devrait faire du bruit....

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06 août 2007

1052.Alerte

Ainsi donc, le déterminisme de la pédophilie était un signe avant-coureur, une mise en jambe de campagne avant les choses sérieuses. Dans une allocution sidérante prononcée à Dakar, Nicolas Sarkozy qui ose tout, et c’est à cela qu’on le reconnaît, a dévoilé le fond d’une pensée qui, si les mots ont un sens, est la parole officielle française la plus raciste depuis longtemps. Chimiquement pure.

Ainsi donc, « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» sarkozy1bu8Nous y voilà. La chaleur, le rythme des saisons.

Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que dans cet océan de médiocrité, l’Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. Une typologie lamentable, qui n’est même pas du néocolonialisme mais du bon vieux colonialisme à l’ancienne, à la Jules Ferry. Car à quoi servent ces considérations d’arrière-zinc ? A parler de la colonisation bien évidemment. Oh, certes, cruelle ! Mais que l’on se rassure, si terrible qu’elle soit, la colonisation a «ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’Histoire». On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Ces mots ont été prononcés par notre plus haut représentant. En notre nom. Mais depuis combien de temps ne parle-t-on plus comme cela ?

Doit-on rappeler au président de la République ces propres mots, prononcés quelques jours plus tôt au Mémorial de la Shoah, ces mots justes et pertinents, s’inscrivant dans la lignée de ceux de Jacques Chirac : ne jamais oublier, assumer sa part de responsabilité. Pourquoi à Paris ces mots forts qui insistent sur la permanence de la mémoire, et en Afrique ces mots veules qui font de la mémoire des crimes de la colonisation une réalité que l’on concède du bout des lèvres, pour aussitôt appeler à ne pas s’y complaire. Est-ce trop demander, au XXIe siècle, que d’attendre d’un président un minimum de cohérence ?

Ces mots dessinent-ils le portrait d’un raciste fanatique ? Non bien sûr. Notre Président ne se lève pas le matin en maudissant les Africains. Mais cela ne suffit pas à l’absoudre, tout comme il ne suffit pas d’emmener Basile Boli pour faire passer la pilule. Et être capable de prononcer un discours sur l’homme Africain, et de toutes ses supposées tares de même que l’on incline à penser que l’on naît pédophile, c’est incontestablement s’inscrire dans une anthropologie raciste, une vision rancie et fermée du monde, où l’Europe civilisatrice et l’Afrique éternelle se regardent en chiens de faïence. Cruelle déception pour tous ceux qui, indépendamment du reste, pouvaient espérer de la France qu’elle passe un cap. Solidement ancrée sur sa vigilance face aux aventures impériales états-uniennes, elle avait en revanche donné trop souvent l’impression d’être frileuse sur les droits de l’homme, officiellement au nom du très chiraquien «respect de la différence» pour les régimes en place. Nicolas Sarkozy, dans son discours au soir de son élection, s’étant présenté comme le président des droits de l’homme (du moins à l’étranger) on pouvait espérer de sa part une audace, puisée aux sources du libéralisme politique, qui aurait permis de rompre avec le paternalisme gaulliste, sans renouer pour autant avec l’impérialisme. On assiste avec stupeur à une régression inattendue qui ne manquera pas de nous isoler encore plus aux yeux de nos partenaires africains. Cette parodie de discours prétendument direct, qui s’autorise toutes les outrances sur la base de sa sincérité autoproclamée, est une marque d’infamie. Reste une question. Dans un pays normal, ces propos devraient mettre le feu au débat. Mais en ces temps où il est de bon ton d’être décomplexé, tout devient possible, comme dirait l’autre. Mais, citoyens, commentateurs, représentants, qu’auriez-vous dit si ces mots, ces catégorisations pitoyables et scandaleuses, étaient sortis de la bouche d’un Le Pen ? A quels feux croisés aurions-nous assisté ! Mais non, l’indignation de la presse sénégalaise semble n’avoir eu d’égal que le silence incroyable de tout ce que nous pouvons compter d’intellectuels, de ligues de droits de l’homme.

Un article signé
Thomas Heams, maitre de conférences en génétique, Paris. Paru dans Libération du 2 août 2007)

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01 juillet 2007

1027.L'air de rien.

On ne fume plus nulle part. C’est interdit. La MPAA [Motion Picture Association of America, ndlr] va interdire les films avec fumeurs aux moins de 17 ans non accompagnés. On aura eu les films d’horreur, les films de cul, on a maintenant les films de clopes qu’on ira louer en rougissant au vidéoclub du coin. Moi qui suis médecin, je dis oui à la cigarette. On ne peut pas me reprocher de ne pas en connaître les dangers, je sais tout sur la question, le cancer du poumon, l’artérite, j’ai tout appris par cœur à la faculté, ça m’est resté. Je ne suis pas fumeur, j’ai de l’asthme. Dans les restaurants, je refuse le coin non fumeur. Par principe. Je crains beaucoup plus le cancer social et ses métastases d’interdiction que le carcinome bronchique. C’est l’interdiction qui m’étouffe, c’est ce monde d’assurés verts de peur qui est dangereux pour la santé. Regardez ce qu’ils ont fait à Lucky Luke, un brin d’herbe à la place du mégot. Les sacrilèges. Ils gommeront un jour numériquement la Chesterfield d’Humphrey Bogart et le cigare de Rhett Butler. On ne parle plus, on prévient. C’est le mot qui vient au bord de toutes les lèvres, la prévention. En nausée. NB : Je suis aussi assez favorable à l’alcool et aux nourritures grasses.

Un extrait du journal de la semaine d'Antoine Sénanque, neurologue et écrivain, paru dans le journal Libération de ce week end.

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26 juin 2007

1023.Indecence.

smicUn "expert" financier de Natexis Banque Populaire se réjouissait (et le mot n'est pas trop fort) qu'il n'y ait pas de coup de pouce pour une augmentation du smic le 1 juillet prochain. Ce sémillant personnage nous expliquait qu'il ne voyait aucune raison à cette augmentation, qu'elle ne se justifiait pas parce que ce salaire (de misère, précisons le) avait subi de "forts" réajustements les années précédentes ce qui lui permettait de rattraper le coût de la vie et de ne procurer aucun manque de pouvoir d'achat aux smicards. Ces bonnes paroles ont été prononcées hier soir sur une radio d'information continue, entre l'édition du soir de l'économie (sic) et les derniers cours de la bourse (re-sic).

Obscénité.

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