06 octobre 2007
1084.La capitale
Il y a quelques jours vous m'avez passé commande de vos photographies de la capitale : j'ai commencé à arpenter les rues de la ville pour aller cueillir ce que vous m'avez demandé. Encore un peu de patience, tout arrivera dans vos boites mails bientôt... En attendant un premier cliché, Paris (une partie du moins) vu du Parc de Belleville, près de Ménilmontant, cliché pris le 6 octobre. En agrandissant la photo vous verrez à gauche la tour Montparnasse, au milieu Beaubourg et ses tubes et bien sur à droite la tour Eiffel. Je vous laisse décortiquer le reste....
1083.Et si en plus, y'a personne...
J'écoutai l'autre soir, dans la nuit calme du quartier parisien où j'ai élu domicile, France Culture où je suis tombé sur une émission traitant de l'exil. Thème qui m'est cher, me sentant moi même en perpétuel exil. Une phrase de Borgès a été cité, elle m'a marqué ; à ma grande honte je connais assez peu l'oeuvre de cet écrivain. Mais ces mots là se sont imprimés dans ma tête. Je les livre à votre méditation....
"Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez vous." 
05 octobre 2007
1082.Couleurs
Il y a quelques temps j'ai rencontré une jeune africaine, qui est devenue une amie, et qui a vingt ans. Elle est sénégalaise. Première chose étonnante : à son âge, elle est militante (et très active) au parti socialiste. Il reste donc encore des socialistes.... qui plus est jeunes, et le fait qu'elle soit black et femme me réjouit d'autant plus, vous vous en doutez. Deuxième chose : elle adore les tenues traditionnelles. Elle en possède un nombre important qu'elle fait faire presque pour la totalité sur mesure. Je lui ai proposé de faire une série de photographies avec ces tenues, elle a accepté. Je vous les montrerai un jour, peut être. En attendant, elle a laissé chez moi quelques unes de ces tenues traditionnelles que par ailleurs j'aime beaucoup moi aussi, mais cela ne vous étonne pas... J'ai donc fait quelques clichés de ces boubous chatoyants de couleur, brillants de douceur, étincelants d'élégance. Drapés soyeux, lumières vives, ces tissus sont de toute beauté ; encore plus d'ailleurs quand ils sont sur son corps. Elle rayonne à l'intérieur, on voit qu'elle a plus que du plaisir à les porter. Ces boubous sentent une odeur que j'aime, celle de l'Afrique, j'essaierai de vous la décrire un jour. Chaque boubou en Afrique a des dessins particuliers, commandés le plus souvent par la femme elle même, et qui servent en fait à faire passer un message au mari ("tu me délaisses"... "tu devrais m'offrir des fleurs"..) ou à l'homme de la rue pour lui indiquer qu'elle est célibataire.
Ah, l'écrivain-médecin Christian Dedet a bien raison : "Les Africains sont la dernière poésie du monde"....
04 octobre 2007
1081.Quatre petites notes de musique
Mais qui est ce fringant jeune homme sautillant à souhait et qui a l'air d'être parfaitement à l'aise dans ses baskets ? Sans doute d'un des plus grands pianistes de jazz du moment, un pur génie musical ; il s'appelle Yaron Herman, il a moins de trente ans et déjà une figure majeure du piano jazz mais pas seulement. Il se trouve que par le plus grand des hasards, en amateur de jazz (que j'espère éclairé) je fouillais les rayonnages d'un magasin parisien il y a quelques années lorsqu'une pochette attira mon attention. Rose, rouge avec des nuances de vert et de bleu, avec un nom étrange. Je décidai, après une rapide écoute, de le mettre dans mon panier. Ce jour là j'aurai du jouer au loto (ce que je ne fais jamais) car j'ai eu le nez creux : il s'agissait du premier disque du dénommé plus haut et je reçus une véritable claque, vivifiante tant cette façon de jouer le jazz était nouvelle, innovante, fascinante. Une musique claire, limpide, à la limite du free-jazz voire à la limite de la musique concrète ou classique, cette sonorité est déroutante. On peut d'ailleurs reprocher à Herman de ne pas faire, parfois,de jazz et on aurait raison : mais l'immense Keith Jarrett lui même n'agit il pas de la sorte ? J'ai eu l'occasion de voir jouer Yaron par deux fois à Paris, dans un lieu hélas aujourd'hui disparu, du coté du canal Saint Martin. Et bien sa facon de jouer, nerveuse, en se levant de temps en temps et en accompagnant la musique de petits cris n'est pas sans rappeler maître Keith voire, osons le dire, Glenn Gould. Il se trouve qu'il n'était pas encore très connu mais qu'il était alors une valeur montante sûre du jazz ; j'ai pu lui parler tout en lui demandant une signature sur mon disque (oui, je peux être groupie !) c'est un garcon charmant et surtout un musicien hors pair, déjà grand auquel on peut appliquer "que la valeur n'attend pas le nombre des années". Mais pourquoi vous parler de lui aujourd'hui me direz vous ? Parce que son quatrième album vient tout chaud de sortir, il s'appelle "A time for everything" et ce que j'en ai déjà écouté est subjuguant de créativité, de fulgurances, de rythme. J'essaie, tant bien que mal, de parler de jazz et de vous le faire apprécier tout simplement. Avec une méthode qui vaut ce qu'elle vaut : vous faire profiter de mon propre parcours musical à travers ce genre, au gré de mes émotions. Yaron Herman en est une.
(Où donc écouter du Yaron pour se faire une idée avant de se ruer sur ses albums ? Et bien ici....)
02 octobre 2007
1080.Leningrad
Si je suis revenu à Leningrad c'est pour y croiser ton fantôme. Sous la neige de décembre mes pas s'impriment comme autant de souvenirs qui reprennent vie. La glace n'arrive pas à recouvrir mes yeux, les moufles grises protègent mes mains de tous ces objets que tu as touchés et la langue russe fait le reste. Ma petite colombe tu ne te doutes pas de tout l'amour que j'ai encore pour toi. Ce soir je suis à Leningrad dans le froid et la pluie parisienne. Ce soir je suis allongé sur mon lit et pourtant je prends place dans une loge de l'Opéra. Sur la scène les elfes, les fées et les lutins dansent, moi je te serre la main au milieu des velours rouges ; ce soir reste l'absence, même pas ton parfum, juste ton absence. La véritable absence a ce goût si particulier des hautes altitudes, cette lumière aveuglante de l'insupportable, cette douleur qui passe par tous les pores de la peau tel le vent s'infiltre partout. Ce soir je regarde ma vie comme si ce n'était pas la mienne, je la regarde comme un étranger, comme si je ne la vivais pas. Les larmes au bord des yeux, la gorge nouée, le stylo au bord du coeur. J'ai mal au coeur. Il bat. Ce soir je n'ai plus le goût à rien, de ces soirs étranges où l'horizon est bouché, où je ne crois plus en rien. Où il vaut mieux que je me retire du monde parce que rien de celui ci ne m'arrive convenablement. Même l'Afrique a quitté mon sang, plus rien d'Elle ne coule en moi dans ces nuits là. Je m'en vais chercher Coltrane, la voix déchirante de Billie Hollyday et le blues de Cassandra Wilson. Les mégots s'entassent dans le cendrier, demain la capitale me paraîtra grise, sans saveur ; le métro sera surchauffé et le silence de plomb. Je repense à vos messages concernant une éventuelle rencontre. Je pense à vos photos à faire : je m'en occupe ce week end. Et puis mon anniversaire approche, mes 41 ans seront chose faite le 6 novembre. Et puis je pense à mon père. Et je pense à ma mère, femme perdue sans son mari. Ils étaient ensemble depuis soixante ans. Alors ce soir je suis à Leningrad, sans lui, sans elle, sans toi et presque sans moi. La lumière de la Russie éternelle me baigne le corps entier. La neige me réchauffe. Mes pas s'y impriment. Je suis revenu à Leningrad en sachant qu'il ne fallait pas le faire.
Ce soir mes larmes seront slaves.
(Photo : Place de l'Ermitage, Saint Petersbourg/Leningrad - Par ailleurs, jetez une oreille au player en haut à gauche : Jan Garbarek et The Hilliard Ensemble, une pure merveille d'émotion)
01 octobre 2007
1079.Une époque formidable
Je vais aller faire les photographies dont vous m'avez passé commande. Vous aurez bientôt tout ceci dans votre boite mail personnelle... pour les retardataires s'il y en a, je prends encore leurs désirs. En attendant, quelques lignes assez ébouriffantes sur le bouclier fiscal, ce fameux bouclier dont tout le monde a parlé... Les premiers résultats sont tout simplement scandaleux : 2398 contribuables parmi les plus aisés ont pu toucher ainsi, chacun, 50 000 euros en moyenne. Ca laisse rêveur, un mauvais rêve. Voici la suite de l'article publié par "Libération" la semaine dernière.
C’est ce qu’on appelle un télescopage. Alors que le budget présenté par Christine Lagarde et Eric Woerth serre la vis, notamment sur le nombre de suppression de postes de fonctionnaires, un document, que Libération s’est procuré, donne les premiers résultats du bouclier fiscal.
Ce dispositif
plafonne à 60%, puis à 50% des revenus d’un contribuable le montant de
ses impots, commence à fonctionner. Depuis le premier janvier, les
contribuables les plus aisés peuvent demander aux services fiscaux une
restitution, c’est à dire un chèque de remboursement de trop-perçu de
leurs impôts.
Et les premiers résultats, sont assez édifiants: 2398 contribuables ont
bénéficié de cette restitution. 2398 contribuables qui se partagent 121
107 041 euros. Soit en moyenne, un chèque de 50 000 euros par personne.
Les dossiers viennent majoritairement de contribuables parisiens, puis
de la région PACA, du Languedoc Roussillon et du Nord pas de Calais.
A l’époque de la création du premier bouclier à 60%, le gouvernement ciblait une grande partie des 335 000 contribuables assujettis à l’ISF (Impôt sur la fortune.) La gauche avait dénoncé cette saignée pour les finances publiques, expliquant que le dispositif n’était finalement qu’un cadeau de plus aux plus aisés. Affirmation validée par les premiers chiffres.
30 septembre 2007
1078bis.Je suis allé pour vous, déjà
Merci de vos souhaits sur le billet précédent : je prendrai mon
appareil et j'irai capturer les images que vous m'avez demandé ; il
n'est d'ailleurs pas trop tard pour ajouter ou modifier vos désirs...
En attendant, il se trouve que j'étais hier soir convié à un
anniversaire dans Paris, du côté du Pont Neuf : j'en ai profité pour
vous ramener une image de la capitale un soir d'automne.
29 septembre 2007
1078.J'irai pour vous
Je me dis (parfois) que j'ai la chance d'habiter Paris. Je le paie cher mais... Mais vous savez que je fais des photos. Vous qui n'êtes pas dans la capitale française, je vous propose de me dire ce que vous voulez en voir et je me ferai un doux plaisir d'aller l'immortaliser, de vous l'envoyer directement par mail. Tour Eiffel, Rue ceci ou cela, monument machin ou truc, facade bidule ou bouche de métro machin-chose.... je peux tout photographier, même les choses les plus insolites ou inattendues que vous pourrez me demander.
J'irai pour vous parcourir la capitale avec un air de jazz dans la tête, j'emporterai un bout de chacun de vous avec moi, un livre et mon paquet de cigarettes. J'essaierai de faire les plus belles photos que je n'ai jamais faites.
Et comme ca vous poserez vos pas dans les miens.
Alors dites moi.
28 septembre 2007
1077.Tomber sept fois, se relever huit
L'été qui a passé, l'automne devant nous. Les jours de pluie, le vent qui souffle. La nuit qui va tomber plus vite. Les aiguilles qui penchent. Ces certitudes qui nous font plus mal encore quand on ne se les avoue pas. Nos vies qui se croisent sans se rencontrer. Et tout ce qui nous fait veiller tard. L'autre nuit j'ai rêvé de mon père, il était vivant. Mais il est mort depuis un peu plus d'un mois maintenant. Mon chagrin ressort peu à peu, les images ne s'effacent pas, le manque creuse son oeuvre et je ne me vois parfois plus à travers les gouttes qui tombent. Les minutes me semble des heures. Le vent me rabat les cheveux sur le visage dans ces rues de Paris froides, grises ; je remonte mon col. Il pleut. On a toutes et tous des fonds de tiroirs dans notre mémoire aux travers desquels la vie que nous vivons est déformée. Toutes ces images en nous, ces envies de joie, d'amour et de chaleur qui ne peuvent pas sortir, et nos actes, nos mots qui les contredisent. Parce que l'on a tant besoin que l'on ait besoin de nous. Parce que la seule chose qui compte c'est aimer et être aimé, pour de vrai. Et sans doute le plus important est d'aimer. Certains jours j'ai envie de parler à tout le monde dans le métro, pour le simple plaisir de parler, de me sentir humain ; de ne pas penser à un avenir mais de vivre le présent du plus fort que je peux. Etrange temps où quand on s'approche des autres ils trouvent ca anormal, où l'époque est tellement viciée par endroits qu'être tout simplement humain devient suspect, étrange ; où tout suscite interrrogations comme si tout n'était qu'intérêt, marchandise ou monnayable. Epoque où je ne me sens pas à ma place, époque d'individualisme, de repli, de fermeture aux autres.
Une amie me disait par écrit hier "qu'elle ferait mieux de se taire". Ne devrai je pas faire comme elle ?
(Parmi les photos que je fais, certaines font battre mon coeur plus fort. Celle ci en fait partie. Astou, Sénégal, décembre 2006)
1076bis.Private joke
Une gare. Les rails. La brume d'un matin ou d'un soir. Le ciel clair de la provence quand je montais dans ce train en gare d'Avignon.
Un jour je redescendrai de ce train.


