L'âge d'homme

et l'on continue à accepter l'inacceptable et à supporter l'inacceptable

27 août 2007

1058.Le premier qui dort réveille l'autre.

PHOTOGRAPHIES_EN_COURS_001Cette phrase m'a toujours frappé. C'est le titre d'un bouquin de Jean Edern Hallier qu'il avait écrit lors de la mort de son frère. J'aime cette phrase pour tout ce qu'elle sous-entend. Les jours d'après le 23 août, date de la crémation de mon père, s'écoulent comme des jours sans horizons, vides de sens, occupés que nous sommes tous par mettre des papiers en ordre, répondre au téléphone et aux courriers, être près de notre mère ; et puis assurer ce que j'appelle les "relations publiques" : les voisins, les amis qui passent, qui viennent soutenir. Je remonterai sur Paris dans quelques jours, harassé, avec tellement d'images dans la tête. Le funérarium, l'hôpital, les tubes et les machines, le cercueil ouvert et mon père dedans, les pleurs, les cris, les mots du prêtre, de moi m'avancant vers l'estrade pour lire dans cette chapelle un texte que l'on m'avait demandé d'écrire. Cette journée du 23 août est gravée dans ma mémoire. Du chaud soleil de Marseille et du cimetière Saint Pierre, de ce ciel bleu et de Notre Dame de La Garde que l'on devinait derrière quelques palmiers je me rappelerai toujours. Ce rideau blanc que l'on tire pudiquement devant nous, que l'on rouvre alors que le cercueil a disparu. De tous ces visages vus ce jour là je me souviens un à un. De toi qui n'avais pas pu être là mais qui par téléphone était présente et l'est toujours. De la mère de mon fils. Ce fils qui aime son grand père plus que tout au monde. De ces heures terribles je suis marqué. Beaucoup de choses me paraissaient superflues, j'avais pris de la distance. Et depuis ce jour le phénomène s'est amplifié, je sais encore plus quelles sont mes priorités, ce qui est important, ce qui ne l'est pas ou plus.
La vie continue, autrement.

(Photographie personnelle : jeux de lumières d'un appartement, Provence, août 2007)

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22 août 2007

1057.Une brève histoire de l'existence.

m_Brumes_automnales

La vie, la mort. Ce que l'on aurait du faire et ce que l'on a fait, les mots prononcés, ceux restés dans la gorge. Le temps qui a passé et celui qui ne passe pas. Regards voilés, détournés. Fragilité de la vie, l'existence qui bascule.  Un cap. Une étape. Une autre ère qui s'ouvre. Dans la vie d'un homme la mort de son père est un repère avec un avant et un après en même temps qu'un brouillage des cartes comme jamais. Mon père vient de mourir. J'étais venu le voir, lui et ma mère dans cette Provence où je suis né. Cinq jours de soleil, puis un jour d'orage et de pluie ; la crise cardiaque, les pompiers, le masque à oxygène et les sirènes. L'hélicoptère. L'hôpital de Marseille. La réanimation, les appareils qui bipent, la machine qui aide à respirer, les tubes et l'électrocardiogramme. Le silence. La peine. Le chagrin. L'espace qui ne sera plus jamais comme avant. Les heures étranges. Du Sud de la France je viens vous écrire quelques mots au milieu d'une souffrance qui ne porte pas de nom. Ecrire comme pour reprendre son souffle. Ecrire comme pour continuer à vivre. Les mots parce qu'ils canalisent la tristesse, le chagrin, le néant. Ecrire ne serait ce que quelques lignes. Paris est loin et proche à la fois, ma vie est lointaine et proche à la fois.

On ne peut pas s'empecher de penser.

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19 août 2007

1056.Au creux de l'été il s'en passe des choses

Voici un texte émanant du site actuchomage.com qui parle de la publication d'un rapport du Credoc, qui en gros étudie et observe les conditions de vie. Même en ces temps vacanciers, prenez le temps de le lire.

chomage_hautedef

Une étude du CREDOC (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de vie) semble montrer un durcissement de l'opinion des Français à l'égard des demandeurs d'emploi et des conditions d'indemnisation du chômage, à quelques mois du début de négociations difficiles sur l'avenir du régime de l'Unedic.

Cette étude a été réalisée fin 2004-début 2005 auprès d'un échantillon représentatif de 2.000 personnes âgées de 18 ans et plus et sélectionnées selon la méthode des quotas, à la demande de l'Unedic. Pour la première fois depuis 1990, près d'un Français sur deux (49%) jugent que l'indemnisation du chômage ne doit pas bénéficier à tous les demandeurs d'emploi - 50% pensent le contraire -, contre seulement 23% en 1990. Le CREDOC estime ainsi que 2005 marque une "rupture" dans l'opinion des Français et que la "critique du système s'accentue", d'autant que "la circonspection autour du dispositif d'indemnisation du chômage et de ses effets déresponsabilisants reprend de la vigueur".

L'institut de recherche a demandé aux sondés s'ils étaient "plutôt d'accord" ou "plutôt pas d'accord" avec plusieurs affirmations concernant les demandeurs d'emplois et les bénéficiaires de minima sociaux : plus de sept sur dix (72%) se disent ainsi plutôt favorables à la suppression des allocations chômage "aux chômeurs qui, au bout d'un certain nombre de mois, refusent un emploi moins qualifié ou moins rémunéré que celui qu'ils cherchent" (ils n'étaient que 70% en 2004). Une très large majorité (81%) sont "plutôt d'accord" avec l'idée qu'"il est parfois plus avantageux de percevoir des minimas sociaux que de travailler avec un bas salaire" (contre 76% un an plus tôt), et 70% avec l'affirmation selon laquelle "si la plupart des chômeurs le voulaient vraiment, beaucoup pourraient retrouver un emploi" (contre 67% en 2004).
Interrogés sur les moyens de "faire face aux dépenses d'indemnisation" alors que le régime d'assurance-chômage "connaît des difficultés financières", une majorité (43%) jugeraient préférable de "raccourcir la durée de versement des indemnités chômage". Quelque 26% préfèreraient une augmentation des cotisations chômage des salariés et des employeurs, et 23% une diminution du montant des indemnités chômage.

A quelques jours de la parution d'un décret sur le contrôle des chômeurs et à quelques mois des négociations sur la nouvelle convention d'assurance-chômage, les résultats de cette enquête pourraient s'avérer particulièrement sensibles. Les partenaires sociaux doivent en effet se réunir à l'automne pour fixer les nouvelles règles de cotisations et d'indemnisations de l'Unedic dans un contexte particulièrement tendu, alors que le déficit cumulé du régime devrait atteindre 13,7 milliards d'euros à la fin de l'année. Le représentant de FO à l'assurance-chômage, Jean-Claude Quentin, a d'ailleurs sévèrement critiqué aujourd'hui l'étude du CREDOC : "A partir d'une connaissance relativement limitée de l'assurance-chômage par nos concitoyens, on suscite des réactions populistes qui stigmatisent les demandeurs d'emploi", a-t-il déclaré, estimant que "cette façon de faire entre dans le jeu du patronat".
Dans un communiqué, l'Unedic a indiqué que l'enquête du CREDOC avait été réalisée "comme chaque année depuis huit ans". "Elle vient compléter un dispositif de connaissance de l'opinion des chômeurs et de celle des employeurs ou de la société dans son ensemble", menées à partir d'études sur "les caractéristiques socio-économiques" des chômeurs, "la perception des services offerts" par l'Unedic ou les "intentions d'embauche des entreprises".

Si tout va bien ce texte devrait faire du bruit....

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10 août 2007

1055.Plus au sud, toujours

1180984850_fJ'ai quitté le Nord pour aller vers un Sud. Un galop d'essai, un tour de chauffe, un avant goût de toutes les saveurs, de tous les parfums. Ma peau toute entière doit se reposer des rigueurs de l'existence. Mon esprit va respirer ce qu'il doit respirer. Le noir me manque. Elles me manquent. Ils me manquent. Entre mes espoirs et mes efforts, pour toutes ces choses qui paraissent futiles ; quand l'essentiel devient inutile. J'ai besoin de voir. De les voir. De les sentir, profondément. Que mes yeux peignent des tableaux, que mes mains écrivent une symphonie ; que je prenne ma mélancolie dans mon bagage. Voyager léger. Je m'en vais retrouver une autre solitude. De ce besoin d'écrire, de ce stylo qui agit comme l'aiguille d'un électrocardiogramme, comme un sismographe de moi même. Je sais que je quitterai la capitale pour toujours. Un jour. Il approche. Il est la cigarette autour de laquelle on tourne quand on a arrêté de fumer, celle que l'on finit par prendre. Parce qu'il ne peut pas en être autrement. Je ne sais pas de quoi seront faits les jours de septembre.

On reparlera ensemble de toutes ces choses qui font nos vies dans une petite semaine. Et comme disait l'autre : "Je reste avec vous, je crois aux forces de l'esprit."

(Photo : Julie Karma, de Maputo, capitale du Mozambique)

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08 août 2007

1054.Femme noire....

MourouardVoici un essai qui pourrait intéresser non pas seulement les universitaires, mais aussi le grand public : Les beautés noires de Baudelaire. Il est simple, clair, direct et sans fioritures. J’ai parfois ri - ce qui est un peu rare lorsqu’on parle d’essai -, et je ne vois personne rire en parcourant le dernier essai de Finkielkraut !

On connaissait de Charles Baudelaire les textes poétiques les plus émouvants comme L’Albatros, mais il fallait lire entre les lignes, avec une loupe et sans passion ni souci de masquer les choses pour voir comment ce grand poète français avait une attirance pour les beautés noires, j’allais dire les femmes noires...

Les femmes noires ? Il les a rencontrées lors de ses nombreux voyages dans les contrées chaudes. Et cette "attirance" ne s’était pas arrêtée au rêve poétique puisque Baudelaire aura eu dans son existence plus que mouvementée plusieurs maîtresses de couleur, et parfois en plein coeur de Paris comme avec Jeanne Duval. Il y a le silence autour, les pages de poemes faisant état de ces idylles sont souvent vite retournées. Et pourtant il ne s’en cachait pas, notre grand Baudelaire, au point de mettre en opposition la Noire et la Blanche, au détriment de cette dernière, considérée comme l’éternelle jalouse des attributs « naturels » de la Négresse. Voyons, cher Baudelaire, vous y allez un peu fort, non ? A ce train-là, je risque de penser que la Noire n’a rien à envier à la Blanche...

Jugez d’ailleurs ce poème dédié à cette Noire que Baudelaire appelle "La Malabaraise", et que Maurouard cite dans son livre :

Tes pieds sont aussi fins que tes mains, et ta hanche

Est large a faire envie à la plus belle blanche...

Du coup, Maurouard conclut à juste titre : « l’exagération des hanches est décrite comme un atout pour la Noire puisqu’elle fait envie à la plus belle Blanche".

Mieux, encore, Maurouard nous apprend que Charles Baudelaire n’est pas le seul à avoir été fasciné par la beauté des Noires... Vous voulez sans doute une liste ? Lisons tout simplement le livre. Oh, pour vous donner une petite entrée avant le plat de résistance - servez-vous, je vous en prie -, on peut citer deux grands écrivains : Victor Hugo et Théophile Gautier. Victor Hugo va jusqu’à écrire ceci dans son recueil Les Orientales :

Dis, crains-tu les filles de Grèce ?

Les lys pâles de Damanhour ?

Ou l’œil ardent de la négresse21038_57V14HVWWX7YYDKMCMUJA14D5KDNMC_braidjohnlangfords_H051716_L

Qui comme une tigresse

Bondit rugissante d’amour ?

Et Théophile Gauthier à son tour lance ce qui suit, concernant la belle "exotique" :

Les femmes disent qu’elle est laide

Mais tous les hommes en sont fous :

Et l’archevêque de Tolède

Chante la messe à ses genoux...

La plus célèbre des maîtresses noires de Baudelaire sera Jeanne Duval, une Haïtienne - comme Elvire Maurouard, est-ce un hasard ?

En réalité, ce livre, loin d’être vite rangé sous la rubrique « afrocentriste » ou "militante", se revèle comme une réhabilitation de la femme noire, non pas celle idéalisée par Léopold Sédar Senghor que Maurouard d’ailleurs attaque de front dans une interview parue sur le site grioo.com :

baudelaire

« Dans mon livre, il y a une distance que j’ai volontairement prise pour évoquer des choses dont on ne parle pas. Mon lecteur doit aller à la découverte des « autres » femmes noires. A travers l’œuvre de Baudelaire, je veux faire découvrir une sensualité qui n’a rien de répréhensible, d’érotique. La femme noire et les Noirs, doivent intégrer l’universalité, faire partie des mythes du patrimoine culturel français. Nous devons, il faut, sortir de Senghor... il était important pour moi d’effectuer un travail « scientifique » pour pouvoir exprimer des choses vraies, mais qui ne sont jamais abordées. Au cours de mes 10 années d’études littéraires, je n’ai jamais entendu parler des femmes noires et des Noirs en général de cette façon. »

Sortons donc de ce Senghor et son célèbre « Femme noire, femme nue » qui, pour beaucoup de critiques pointilleux, demeure l’illustration même d’un certain exotisme attribué à la femme noire et qui correspondait à une certaine époque...

Lire Elvire Maurouard, c’est lire l’une des voix les plus originales des essayistes de ce moment. Elle est par ailleurs journaliste, poétesse, et j’ai eu le plaisir d’écouter dire ses poèmes dans un restaurant parisien, Le Paris-Dakar, il y a deux mois. La présentation qu’elle faisait de son livre Les Beautés noires de Baudelaire était magistrale. Cette jeune universitaire connait en effet les textes par coeur, les siens... et ceux de Baudelaire !!!

A lire absolument !...

(Photographies : Elvire Maurouard -  Anonyme de John Langford -Charles Baudelaire. Merci à Alain Mabanckou)

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1053.Pas possible !

15847905N'a t il pas fière allure cet homme aux Ray Ban pointant du doigt on ne sait trop quoi même si on se doute qu'il s'agit du photographe indélicat qui vient d'appuyer sur le bouton ? Sarko en vacances aux Etats Unis voilà qui ne manque pas de panache, dans la droite ligne de ce nouveau quinquennat qui incarne la "rupture" avec ce qui pouvait se passer avant, une nouvelle manière de faire de la politique. Il y a quelques jours, Le Pen déclarait qu'il était très satisfait de l'action de Sarkozy, que les réformes étaient bonnes et qu'il avait déjà été recu deux fois à l'Elysée, notamment concernant la réforme des institutions. Si on doutait de quelque chose, les dernieres brumes sont dissipées.... Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas où, il y a quelque chose qui me gêne dans ce cliché. Nous sommes en plein coeur de l'été, les Francais ont lâché la bride et comme d'habitude la politique en profite pour faire passer des choses en douce (celle du service minimum en plein mois d'août, il fallait oser !), on alimente par ailleurs le système du "pain et des jeux" en nous bassinant du sort de la nageuse Manaudou après un tour de France de zombies dopés et avant une coupe du monde de rugby qui promet de jouer le rôle de cosmétique puissant sur une rentrée normalement douloureuse.... (et j'oublie la reprise du championnat de footeux).

Posté par Olivier O à 00:01 - Le monde à l'envers - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 août 2007

1052.Alerte

Ainsi donc, le déterminisme de la pédophilie était un signe avant-coureur, une mise en jambe de campagne avant les choses sérieuses. Dans une allocution sidérante prononcée à Dakar, Nicolas Sarkozy qui ose tout, et c’est à cela qu’on le reconnaît, a dévoilé le fond d’une pensée qui, si les mots ont un sens, est la parole officielle française la plus raciste depuis longtemps. Chimiquement pure.

Ainsi donc, « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.» sarkozy1bu8Nous y voilà. La chaleur, le rythme des saisons.

Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que dans cet océan de médiocrité, l’Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. Une typologie lamentable, qui n’est même pas du néocolonialisme mais du bon vieux colonialisme à l’ancienne, à la Jules Ferry. Car à quoi servent ces considérations d’arrière-zinc ? A parler de la colonisation bien évidemment. Oh, certes, cruelle ! Mais que l’on se rassure, si terrible qu’elle soit, la colonisation a «ouvert les cœurs et les mentalités africaines à l’universel et à l’Histoire». On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Ces mots ont été prononcés par notre plus haut représentant. En notre nom. Mais depuis combien de temps ne parle-t-on plus comme cela ?

Doit-on rappeler au président de la République ces propres mots, prononcés quelques jours plus tôt au Mémorial de la Shoah, ces mots justes et pertinents, s’inscrivant dans la lignée de ceux de Jacques Chirac : ne jamais oublier, assumer sa part de responsabilité. Pourquoi à Paris ces mots forts qui insistent sur la permanence de la mémoire, et en Afrique ces mots veules qui font de la mémoire des crimes de la colonisation une réalité que l’on concède du bout des lèvres, pour aussitôt appeler à ne pas s’y complaire. Est-ce trop demander, au XXIe siècle, que d’attendre d’un président un minimum de cohérence ?

Ces mots dessinent-ils le portrait d’un raciste fanatique ? Non bien sûr. Notre Président ne se lève pas le matin en maudissant les Africains. Mais cela ne suffit pas à l’absoudre, tout comme il ne suffit pas d’emmener Basile Boli pour faire passer la pilule. Et être capable de prononcer un discours sur l’homme Africain, et de toutes ses supposées tares de même que l’on incline à penser que l’on naît pédophile, c’est incontestablement s’inscrire dans une anthropologie raciste, une vision rancie et fermée du monde, où l’Europe civilisatrice et l’Afrique éternelle se regardent en chiens de faïence. Cruelle déception pour tous ceux qui, indépendamment du reste, pouvaient espérer de la France qu’elle passe un cap. Solidement ancrée sur sa vigilance face aux aventures impériales états-uniennes, elle avait en revanche donné trop souvent l’impression d’être frileuse sur les droits de l’homme, officiellement au nom du très chiraquien «respect de la différence» pour les régimes en place. Nicolas Sarkozy, dans son discours au soir de son élection, s’étant présenté comme le président des droits de l’homme (du moins à l’étranger) on pouvait espérer de sa part une audace, puisée aux sources du libéralisme politique, qui aurait permis de rompre avec le paternalisme gaulliste, sans renouer pour autant avec l’impérialisme. On assiste avec stupeur à une régression inattendue qui ne manquera pas de nous isoler encore plus aux yeux de nos partenaires africains. Cette parodie de discours prétendument direct, qui s’autorise toutes les outrances sur la base de sa sincérité autoproclamée, est une marque d’infamie. Reste une question. Dans un pays normal, ces propos devraient mettre le feu au débat. Mais en ces temps où il est de bon ton d’être décomplexé, tout devient possible, comme dirait l’autre. Mais, citoyens, commentateurs, représentants, qu’auriez-vous dit si ces mots, ces catégorisations pitoyables et scandaleuses, étaient sortis de la bouche d’un Le Pen ? A quels feux croisés aurions-nous assisté ! Mais non, l’indignation de la presse sénégalaise semble n’avoir eu d’égal que le silence incroyable de tout ce que nous pouvons compter d’intellectuels, de ligues de droits de l’homme.

Un article signé
Thomas Heams, maitre de conférences en génétique, Paris. Paru dans Libération du 2 août 2007)

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04 août 2007

1051.Des tas de raisons....

departIl y a plusieurs mois que je n'ai quitté Paris. A l'heure où vous lirez ces quelques lignes, je serai sans aucun doute dans un train, ou je serai arrivé à destination. Je m'octroie un petit week end prolongé, parce que mes forces sont à bout de forces, parce que mon esprit en a besoin, parce que quelque part je n'en peux plus. Parce qu'il faut savoir partir pour mieux revenir, parce qu'il faut savoir arrêter les pendules. Les jours, les semaines, les heures passés depuis un temps qui me semble infini ont été dures, difficiles, sanglantes pour mon identité et mon âme.
Il faut que je me repose.
Je reviens.
Je vais essayer de réapprendre à vivre.

Me laver d'un arrière goût de malheur.
Noyer mes chagrins dans l'histoire qui passe.
Reprendre les mots de Sade.

"Le passé m'encourage, le présent m'électrise, je crains peu l'avenir"

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03 août 2007

1050.Eva

J'aime ce texte. C'est une raison suffisante pour le republier, avec quelques corrections que j'ai apporté à ma version d'origine.

M_ches__Mamou__B_nin_Il y a une dizaine d’années il m’est arrivé une histoire bizarre, inattendue, poétique ; comme il n’en arrive pas souvent. Au cours d’un séjour à l’hôpital, j’ai fait la connaissance d’une jeune fille ayant à peu près le même âge que moi à l’époque et qui se prénommait Eva. Nous avions peu à peu sympathisés, on passait de longs moments ensemble quand on le pouvait, nous sommes devenus très complices, nos discussions sur tout et rien n’en finissait pas. Je n’ai pas à fouiller longtemps ma mémoire pour me rappeler de son aspect physique : grande, mince mais pas maigre, rousse, de grands yeux gris qui m’impressionnaient. Ses cheveux longs étaient constamment emmêlés, j’adorais çà. Elle avait une collection de petites jupes froncées de différentes couleurs, j’aimais beaucoup la regarder. Son sourire était craquant ; elle me confia un jour qu’elle aimait mes yeux, la douceur de ma peau qu’elle connaissait pour me prendre souvent la main ; Eva était en plus très tactile. Elle aimait aussi  mes traits d’esprits (moi qui me trouvais si con).  Une nuit je me rappelle, dans sa chambre et dans cet hôpital, nous avons fait l’amour. Il est étrange de faire l’amour dans ce genre d’établissement, il y a quelque chose qui flotte dans l’air en plus de l’idée que l’on s’en fait, ce qui rajoute peut être au plaisir que l’on y prend. Sont venus les jours de la sortie ; elle avant moi d’une semaine environ. Elle habitait dans une petite ville des Alpes de Haute Provence, Manosque, patrie de Jean Giono ; moi en ces temps à Avignon cité des Papes. On s’est promis de s’appeler, de s’écrire, d’être frère et sœur. Un soir au téléphone elle m’annonce son désir de me voir, que je lui manquais, qu’elle avait besoin de ma présence. Nous prîmes rendez vous pour le dimanche suivant.

La route fut agréable, je rejoignis Aix en Provence volontairement parce que j’aime cette ville ; je voulais m’y arrêter pour boire un verre à une terrasse, me rappeler quelques petites choses qui m’étaient arrivées au milieu de ces rues, sur cette place devant le palais de justice ; je voulais respirer l’air particulier qui se balade là bas. Je pris alors l’autoroute. Les champs de lavande entraient par ma fenêtre ouverte, pourtant nous étions à l’orée de l’hiver ; des balles de foin, ces balles rondes pittoresques des régions de montagne parsemaient les champs ; mon cœur battait un peu plus fort,  j’écoutais Dire Straits (à l’époque je n’étais pas encore bien initié au jazz) et j’arrivai sur place une heure ou deux après. Eva vivait avec sa mère divorcée, mère absente pour quelques jours. La maison était somptueuse : beau et immense jardin avec un jardinier, grande bâtisse aux multiples pièces toutes aussi bien meublées les unes que les autres, pas beaucoup de murs et je me rappelle que c’est là que j’ai vu pour la première fois un système d’aspirateur étonnant. Il y avait de loin en loin dans les pièces, fichées dans les plinthes, des prises auxquelles on branchait un tuyau flexible. Les poussières prenaient alors directement le chemin  d’une cuve située dans le sous sol. J’ai moi-même essayé le machin par pur plaisir puéril…. Eva était d’une beauté magnifique, limpide, son corps ondulait derrière son petit gilet de laine noire quand elle montait et descendait l’escalier pour aller chercher quelques victuailles, des rafraîchissements à la cuisine. Son sourire avait été grand pour m’accueillir, nous Lavande_202avions dit peu de mots, se serrer dans nos bras nous suffisait. Elle m’a montré ses livres, ses poupées, ses peluches… On a beaucoup parlé, bu, ri. On a écouté de la musique. Nos regards se croisés, aimés, interrogés. Assis dans un canapé presque aussi grand que la pièce dans laquelle il se trouvait, au coin d’une chaleureuse cheminée ;  un peu plus loin d’un aquarium des plus sympathiques, je savourai l’instant. Eva venait de temps à autre sur moi, à cheval, me mettant les bras autour du cou, je voyais sa peau de porcelaine piquetée çà et la de petits grains de beauté ;  m’envoyant de petits baisers sur le bout de mon nez. Je la prenais alors par la taille en la regardant dans les yeux, elle se cabrait en arrière dans un grand éclat de rire, ses cheveux s’emmêlaient de plus belle. Dehors, le soir de décembre commençait à tomber. D’un doigt sur un petit bouton d’une minuscule boîte elle ferma les volets ; nous nous retrouvâmes seuls au monde seulement éclairés par la cheminée et l’aquarium. Dans le crépitement des bûches Eva se passa la main dans les cheveux, toujours emmêlés, s’approcha de moi. Après m’avoir offert le plus langoureux de ses regards, lascive, elle me tourna le dos, et tout en se cambrant releva doucement son gilet puis le tee-shirt rose d’en dessous. Je compris qu’il fallait que je baisse la fermeture éclair de sa jupe. Doucement le vêtement glissa le long de ses longues jambes. Il est de ces moments magiques qui donnent l’impression, même illusoire, à un homme d’être un roi. Le feu était d’un bel orangé vif, les flammes dansaient en nous accompagnant d’une chaleur douce ; les poissons nageaient de leurs plus belles couleurs aux reflets d’un monde au-delà de ce que nos yeux peuvent voir. Eva se retrouva nue. Ramenant ses mains sur son visage comme si elle voulait les mordre elle vint se blottir contre moi tel un petit animal.

Le temps passa trop vite.

Sur le chemin du retour je me sentais étrange. Conscient d’avoir fait une incursion dans une autre dimension que certains appellent la quatrième. Mais aussi animé du sentiment diffus que nous ne nous reverrions pas Eva et moi. Les contreforts des Alpes défilaient derrière mon pare brise, un soleil éclatant et froid se levait derrière les sommets. Un vieux blues que je ne connaissais pas passait à la radio. Aix en Provence apparaissait maintenant à l’horizon. Cette journée, cette soirée comme un adieu parce que la vie c’est comme ça.

Je n’ai jamais revu Eva.

(Photo du haut personnelle, mai 2007 - Lavande du site du département des Alpes de Haute Provence)

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02 août 2007

1049.L'espace-temps (le début continue)

Relach_e__Maram__Mali_Parfois je me demande ce que ça veut dire de « vivre ». Comment fait-on pour « vivre » ? Je veux dire pour que les jours soient autre chose qu’un déroulement continu, qu’une répétition routinière et lassante, qu’une série sans cesse la même. Pour qu’une existence ne se mesure pas en durée mais en intensité. Pour que quelque part notre passage ici ne soit pas totalement inutile. Autant vous dire que je n’ai toujours pas la réponse. Mais y a-t-il une réponse ? N’y en a-t-il pas plutôt plusieurs ? Certains vont trouver leur bonheur dans cette continuité, dans ce renouvellement des jours et des nuits. Ce n’est pas mon cas. Non pas qu’il me faille une vie d’aventurier, originale chaque heure qui passe avec un rebondissement chaque soir. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de vivre, de ne pas se contenter d’exister. Dans cette optique, je dois dire que je suis un peu inadapté : j’ai parfois de grands moments de creux, un peu à l’image d’un corps qui serait dans l’eau au milieu d’une tempête, luttant pour ne pas se noyer en agitant les bras et les jambes dans tous les sens. On est encore vivant mais on fait du surplace. L’immobilité n’est bonne qu’en certaines circonstances, assez restreintes finalement ; tout n’est que mouvement qu’on le veuille ou non. J’ai mis moi-même pas mal de temps à m’en apercevoir d’abord, l’intégrer ensuite et pour finir le mettre en pratique. Mais on ne change pas vraiment ce que l’on est. Et mon tempérament est mélancolique, nostalgique, rêveur. Tout cela suppose du temps, donc de l’immobilité, de l’ennui. Je jongle sans cesse entre les deux mondes ; mais au bout du compte quand je regarde ma vie je m’aperçois que je n’ai fait que balancer entre deux univers : celui qui m’habite profondément et celui que l’éducation dont je suis issu m’a donné en exemple. Evidemment, et je crois que c’est le cas pour tous, ce ne sont pas les mêmes. Des millénaires de Chrétienté ont marqué durablement les esprits, façonnées les choses et qu’on se dise croyant, agnostique ou athée, pratiquant ou non, l’ombre des églises, de l’interdit religieux et la vision judéo chrétienne ont encore une influence certaine sur ce que nous sommes. Et quand je fais quelque chose qui correspond à mon monde intérieur je ne peux m’empêcher, inconsciemment, de le confronter au monde de mon éducation : ce qui amène bien des questionnements, des cas de conscience, des tourments parfois. Tout cela est valable bien entendu dans l’autre sens, en ajoutant que il y a aussi là une certaine jouissance de braver l’interdit… Car quel serait l’intérêt de l’interdit si on ne pouvait pas le transgresser ? Si tout est autorisé tout perd de sa saveur, l’excitation et le désir n’y sont plus.

(Photo personnelle, juin 2007)

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