L'âge d'homme

et l'on continue à accepter l'inacceptable et à supporter l'inacceptable

01 septembre 2007

1061.Trop tout en même temps

psychiatrieUne masse de temps. Une masse de choses. Pas assez de temps pour trop de choses. Tout se bouscule, ma tête est endolorie. Je suis bouleversé. Le corps au bord des larmes. Mon esprit semble se balader en taxi dans les faubourgs de la folie.

(Illustration de chez Frantz Fanon.fr)

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27 août 2007

1058.Le premier qui dort réveille l'autre.

PHOTOGRAPHIES_EN_COURS_001Cette phrase m'a toujours frappé. C'est le titre d'un bouquin de Jean Edern Hallier qu'il avait écrit lors de la mort de son frère. J'aime cette phrase pour tout ce qu'elle sous-entend. Les jours d'après le 23 août, date de la crémation de mon père, s'écoulent comme des jours sans horizons, vides de sens, occupés que nous sommes tous par mettre des papiers en ordre, répondre au téléphone et aux courriers, être près de notre mère ; et puis assurer ce que j'appelle les "relations publiques" : les voisins, les amis qui passent, qui viennent soutenir. Je remonterai sur Paris dans quelques jours, harassé, avec tellement d'images dans la tête. Le funérarium, l'hôpital, les tubes et les machines, le cercueil ouvert et mon père dedans, les pleurs, les cris, les mots du prêtre, de moi m'avancant vers l'estrade pour lire dans cette chapelle un texte que l'on m'avait demandé d'écrire. Cette journée du 23 août est gravée dans ma mémoire. Du chaud soleil de Marseille et du cimetière Saint Pierre, de ce ciel bleu et de Notre Dame de La Garde que l'on devinait derrière quelques palmiers je me rappelerai toujours. Ce rideau blanc que l'on tire pudiquement devant nous, que l'on rouvre alors que le cercueil a disparu. De tous ces visages vus ce jour là je me souviens un à un. De toi qui n'avais pas pu être là mais qui par téléphone était présente et l'est toujours. De la mère de mon fils. Ce fils qui aime son grand père plus que tout au monde. De ces heures terribles je suis marqué. Beaucoup de choses me paraissaient superflues, j'avais pris de la distance. Et depuis ce jour le phénomène s'est amplifié, je sais encore plus quelles sont mes priorités, ce qui est important, ce qui ne l'est pas ou plus.
La vie continue, autrement.

(Photographie personnelle : jeux de lumières d'un appartement, Provence, août 2007)

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22 août 2007

1057.Une brève histoire de l'existence.

m_Brumes_automnales

La vie, la mort. Ce que l'on aurait du faire et ce que l'on a fait, les mots prononcés, ceux restés dans la gorge. Le temps qui a passé et celui qui ne passe pas. Regards voilés, détournés. Fragilité de la vie, l'existence qui bascule.  Un cap. Une étape. Une autre ère qui s'ouvre. Dans la vie d'un homme la mort de son père est un repère avec un avant et un après en même temps qu'un brouillage des cartes comme jamais. Mon père vient de mourir. J'étais venu le voir, lui et ma mère dans cette Provence où je suis né. Cinq jours de soleil, puis un jour d'orage et de pluie ; la crise cardiaque, les pompiers, le masque à oxygène et les sirènes. L'hélicoptère. L'hôpital de Marseille. La réanimation, les appareils qui bipent, la machine qui aide à respirer, les tubes et l'électrocardiogramme. Le silence. La peine. Le chagrin. L'espace qui ne sera plus jamais comme avant. Les heures étranges. Du Sud de la France je viens vous écrire quelques mots au milieu d'une souffrance qui ne porte pas de nom. Ecrire comme pour reprendre son souffle. Ecrire comme pour continuer à vivre. Les mots parce qu'ils canalisent la tristesse, le chagrin, le néant. Ecrire ne serait ce que quelques lignes. Paris est loin et proche à la fois, ma vie est lointaine et proche à la fois.

On ne peut pas s'empecher de penser.

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10 août 2007

1055.Plus au sud, toujours

1180984850_fJ'ai quitté le Nord pour aller vers un Sud. Un galop d'essai, un tour de chauffe, un avant goût de toutes les saveurs, de tous les parfums. Ma peau toute entière doit se reposer des rigueurs de l'existence. Mon esprit va respirer ce qu'il doit respirer. Le noir me manque. Elles me manquent. Ils me manquent. Entre mes espoirs et mes efforts, pour toutes ces choses qui paraissent futiles ; quand l'essentiel devient inutile. J'ai besoin de voir. De les voir. De les sentir, profondément. Que mes yeux peignent des tableaux, que mes mains écrivent une symphonie ; que je prenne ma mélancolie dans mon bagage. Voyager léger. Je m'en vais retrouver une autre solitude. De ce besoin d'écrire, de ce stylo qui agit comme l'aiguille d'un électrocardiogramme, comme un sismographe de moi même. Je sais que je quitterai la capitale pour toujours. Un jour. Il approche. Il est la cigarette autour de laquelle on tourne quand on a arrêté de fumer, celle que l'on finit par prendre. Parce qu'il ne peut pas en être autrement. Je ne sais pas de quoi seront faits les jours de septembre.

On reparlera ensemble de toutes ces choses qui font nos vies dans une petite semaine. Et comme disait l'autre : "Je reste avec vous, je crois aux forces de l'esprit."

(Photo : Julie Karma, de Maputo, capitale du Mozambique)

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04 août 2007

1051.Des tas de raisons....

departIl y a plusieurs mois que je n'ai quitté Paris. A l'heure où vous lirez ces quelques lignes, je serai sans aucun doute dans un train, ou je serai arrivé à destination. Je m'octroie un petit week end prolongé, parce que mes forces sont à bout de forces, parce que mon esprit en a besoin, parce que quelque part je n'en peux plus. Parce qu'il faut savoir partir pour mieux revenir, parce qu'il faut savoir arrêter les pendules. Les jours, les semaines, les heures passés depuis un temps qui me semble infini ont été dures, difficiles, sanglantes pour mon identité et mon âme.
Il faut que je me repose.
Je reviens.
Je vais essayer de réapprendre à vivre.

Me laver d'un arrière goût de malheur.
Noyer mes chagrins dans l'histoire qui passe.
Reprendre les mots de Sade.

"Le passé m'encourage, le présent m'électrise, je crains peu l'avenir"

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03 août 2007

1050.Eva

J'aime ce texte. C'est une raison suffisante pour le republier, avec quelques corrections que j'ai apporté à ma version d'origine.

M_ches__Mamou__B_nin_Il y a une dizaine d’années il m’est arrivé une histoire bizarre, inattendue, poétique ; comme il n’en arrive pas souvent. Au cours d’un séjour à l’hôpital, j’ai fait la connaissance d’une jeune fille ayant à peu près le même âge que moi à l’époque et qui se prénommait Eva. Nous avions peu à peu sympathisés, on passait de longs moments ensemble quand on le pouvait, nous sommes devenus très complices, nos discussions sur tout et rien n’en finissait pas. Je n’ai pas à fouiller longtemps ma mémoire pour me rappeler de son aspect physique : grande, mince mais pas maigre, rousse, de grands yeux gris qui m’impressionnaient. Ses cheveux longs étaient constamment emmêlés, j’adorais çà. Elle avait une collection de petites jupes froncées de différentes couleurs, j’aimais beaucoup la regarder. Son sourire était craquant ; elle me confia un jour qu’elle aimait mes yeux, la douceur de ma peau qu’elle connaissait pour me prendre souvent la main ; Eva était en plus très tactile. Elle aimait aussi  mes traits d’esprits (moi qui me trouvais si con).  Une nuit je me rappelle, dans sa chambre et dans cet hôpital, nous avons fait l’amour. Il est étrange de faire l’amour dans ce genre d’établissement, il y a quelque chose qui flotte dans l’air en plus de l’idée que l’on s’en fait, ce qui rajoute peut être au plaisir que l’on y prend. Sont venus les jours de la sortie ; elle avant moi d’une semaine environ. Elle habitait dans une petite ville des Alpes de Haute Provence, Manosque, patrie de Jean Giono ; moi en ces temps à Avignon cité des Papes. On s’est promis de s’appeler, de s’écrire, d’être frère et sœur. Un soir au téléphone elle m’annonce son désir de me voir, que je lui manquais, qu’elle avait besoin de ma présence. Nous prîmes rendez vous pour le dimanche suivant.

La route fut agréable, je rejoignis Aix en Provence volontairement parce que j’aime cette ville ; je voulais m’y arrêter pour boire un verre à une terrasse, me rappeler quelques petites choses qui m’étaient arrivées au milieu de ces rues, sur cette place devant le palais de justice ; je voulais respirer l’air particulier qui se balade là bas. Je pris alors l’autoroute. Les champs de lavande entraient par ma fenêtre ouverte, pourtant nous étions à l’orée de l’hiver ; des balles de foin, ces balles rondes pittoresques des régions de montagne parsemaient les champs ; mon cœur battait un peu plus fort,  j’écoutais Dire Straits (à l’époque je n’étais pas encore bien initié au jazz) et j’arrivai sur place une heure ou deux après. Eva vivait avec sa mère divorcée, mère absente pour quelques jours. La maison était somptueuse : beau et immense jardin avec un jardinier, grande bâtisse aux multiples pièces toutes aussi bien meublées les unes que les autres, pas beaucoup de murs et je me rappelle que c’est là que j’ai vu pour la première fois un système d’aspirateur étonnant. Il y avait de loin en loin dans les pièces, fichées dans les plinthes, des prises auxquelles on branchait un tuyau flexible. Les poussières prenaient alors directement le chemin  d’une cuve située dans le sous sol. J’ai moi-même essayé le machin par pur plaisir puéril…. Eva était d’une beauté magnifique, limpide, son corps ondulait derrière son petit gilet de laine noire quand elle montait et descendait l’escalier pour aller chercher quelques victuailles, des rafraîchissements à la cuisine. Son sourire avait été grand pour m’accueillir, nous Lavande_202avions dit peu de mots, se serrer dans nos bras nous suffisait. Elle m’a montré ses livres, ses poupées, ses peluches… On a beaucoup parlé, bu, ri. On a écouté de la musique. Nos regards se croisés, aimés, interrogés. Assis dans un canapé presque aussi grand que la pièce dans laquelle il se trouvait, au coin d’une chaleureuse cheminée ;  un peu plus loin d’un aquarium des plus sympathiques, je savourai l’instant. Eva venait de temps à autre sur moi, à cheval, me mettant les bras autour du cou, je voyais sa peau de porcelaine piquetée çà et la de petits grains de beauté ;  m’envoyant de petits baisers sur le bout de mon nez. Je la prenais alors par la taille en la regardant dans les yeux, elle se cabrait en arrière dans un grand éclat de rire, ses cheveux s’emmêlaient de plus belle. Dehors, le soir de décembre commençait à tomber. D’un doigt sur un petit bouton d’une minuscule boîte elle ferma les volets ; nous nous retrouvâmes seuls au monde seulement éclairés par la cheminée et l’aquarium. Dans le crépitement des bûches Eva se passa la main dans les cheveux, toujours emmêlés, s’approcha de moi. Après m’avoir offert le plus langoureux de ses regards, lascive, elle me tourna le dos, et tout en se cambrant releva doucement son gilet puis le tee-shirt rose d’en dessous. Je compris qu’il fallait que je baisse la fermeture éclair de sa jupe. Doucement le vêtement glissa le long de ses longues jambes. Il est de ces moments magiques qui donnent l’impression, même illusoire, à un homme d’être un roi. Le feu était d’un bel orangé vif, les flammes dansaient en nous accompagnant d’une chaleur douce ; les poissons nageaient de leurs plus belles couleurs aux reflets d’un monde au-delà de ce que nos yeux peuvent voir. Eva se retrouva nue. Ramenant ses mains sur son visage comme si elle voulait les mordre elle vint se blottir contre moi tel un petit animal.

Le temps passa trop vite.

Sur le chemin du retour je me sentais étrange. Conscient d’avoir fait une incursion dans une autre dimension que certains appellent la quatrième. Mais aussi animé du sentiment diffus que nous ne nous reverrions pas Eva et moi. Les contreforts des Alpes défilaient derrière mon pare brise, un soleil éclatant et froid se levait derrière les sommets. Un vieux blues que je ne connaissais pas passait à la radio. Aix en Provence apparaissait maintenant à l’horizon. Cette journée, cette soirée comme un adieu parce que la vie c’est comme ça.

Je n’ai jamais revu Eva.

(Photo du haut personnelle, mai 2007 - Lavande du site du département des Alpes de Haute Provence)

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02 août 2007

1049.L'espace-temps (le début continue)

Relach_e__Maram__Mali_Parfois je me demande ce que ça veut dire de « vivre ». Comment fait-on pour « vivre » ? Je veux dire pour que les jours soient autre chose qu’un déroulement continu, qu’une répétition routinière et lassante, qu’une série sans cesse la même. Pour qu’une existence ne se mesure pas en durée mais en intensité. Pour que quelque part notre passage ici ne soit pas totalement inutile. Autant vous dire que je n’ai toujours pas la réponse. Mais y a-t-il une réponse ? N’y en a-t-il pas plutôt plusieurs ? Certains vont trouver leur bonheur dans cette continuité, dans ce renouvellement des jours et des nuits. Ce n’est pas mon cas. Non pas qu’il me faille une vie d’aventurier, originale chaque heure qui passe avec un rebondissement chaque soir. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de vivre, de ne pas se contenter d’exister. Dans cette optique, je dois dire que je suis un peu inadapté : j’ai parfois de grands moments de creux, un peu à l’image d’un corps qui serait dans l’eau au milieu d’une tempête, luttant pour ne pas se noyer en agitant les bras et les jambes dans tous les sens. On est encore vivant mais on fait du surplace. L’immobilité n’est bonne qu’en certaines circonstances, assez restreintes finalement ; tout n’est que mouvement qu’on le veuille ou non. J’ai mis moi-même pas mal de temps à m’en apercevoir d’abord, l’intégrer ensuite et pour finir le mettre en pratique. Mais on ne change pas vraiment ce que l’on est. Et mon tempérament est mélancolique, nostalgique, rêveur. Tout cela suppose du temps, donc de l’immobilité, de l’ennui. Je jongle sans cesse entre les deux mondes ; mais au bout du compte quand je regarde ma vie je m’aperçois que je n’ai fait que balancer entre deux univers : celui qui m’habite profondément et celui que l’éducation dont je suis issu m’a donné en exemple. Evidemment, et je crois que c’est le cas pour tous, ce ne sont pas les mêmes. Des millénaires de Chrétienté ont marqué durablement les esprits, façonnées les choses et qu’on se dise croyant, agnostique ou athée, pratiquant ou non, l’ombre des églises, de l’interdit religieux et la vision judéo chrétienne ont encore une influence certaine sur ce que nous sommes. Et quand je fais quelque chose qui correspond à mon monde intérieur je ne peux m’empêcher, inconsciemment, de le confronter au monde de mon éducation : ce qui amène bien des questionnements, des cas de conscience, des tourments parfois. Tout cela est valable bien entendu dans l’autre sens, en ajoutant que il y a aussi là une certaine jouissance de braver l’interdit… Car quel serait l’intérêt de l’interdit si on ne pouvait pas le transgresser ? Si tout est autorisé tout perd de sa saveur, l’excitation et le désir n’y sont plus.

(Photo personnelle, juin 2007)

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01 août 2007

1048.Que dire ?....

M_20SerraultAnto

bergman

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30 juillet 2007

1046.L'espace-temps (la fin d'un début ?)

14440785Et l’on se demande ce que ça veut dire « le temps qui reste ». Que peuvent bien être ces secondes transformées en minutes qui deviennent des heures pour bâtir des semaines et des mois ? Je ne sais même plus très bien ce que signifie le verbe rester. Tout se bouscule dans la tête, comme un panorama de la vie, de ma vie ; sorte de long métrage bizarre où l’on est spectateur et acteur. Il y a les médicaments. Il y a l’ennui. Il y a les inquiétudes, les paniques. Les nuits qui ne dorment jamais. Il y a la peur, la simple peur. L’angoisse qui prend n’importe quand, n’importe où. Il y a tout, il y a rien. Les larmes qui coulent sans raison apparente, des larmes dures ou sèches venues d’un corps que l’on ne reconnaît plus. Ces moments vides, suspendus on ne sait trop à quoi, à qui. Je n’arrive pas à me concentrer sur quelque chose, la moindre idée m’échappe et pourtant je sais qu’elle me reviendra comme un boomerang, là en plein milieu du cerveau, elle s’y fichera telle la croix sur un tombeau ; viendra s’y poser un corbeau bien noir qui me regardera l’intérieur d’un œil glauque. Et puis parfois, prodige, on sent beaucoup plus d’air dans les poumons. Le cœur bat plus fort, dirait on. Une sorte de nouvelle naissance. Oiseau qui déplie ses ailes. On crie. On pleure, cette fois d’une émotion que l’on ne connaît pas, qui n’est jamais la même ; qui anéantit toujours. J’aime la pluie, le temps gris ; le bruit des gouttes qui frappent sur toutes les surfaces. J’aime les flaques qui se forment en automne où des feuilles viennent s’échouer en se couvrant de boue. J’aime l’automne. Quand les jours raccourcissent, que le vent du soir fraîchit, que les passants pressent le pas, qu’ils remontent le col ; que la lune éclaire un ciel de glace. Le froid est mon ami fidèle. Contrairement au beau temps, il me réjouit, me ragaillardit. Comme je préfère la nuit au jour. Le soir au matin. L’obscurité qui tombe à la clarté qui se lève. Peut être retrouve t-on là mon signe astrologique, que l’on dit coutumier des mystères et des bas-fonds, le scorpion. Non pas que j’y crois ou que j’y attache de l’importance : je lis rarement mon horoscope. Mais je dois avouer que je me suis toujours assez retrouvé dans le portrait général que l’on donne de ce signe.

Ecrire, oui. Je me suis posé quelquefois la question du pourquoi j’écrivais. Bien sûr, j’ai donné des réponses très sérieuses, de celles qui font que l’on vous écoute (et qu’on s’écoute soi même d’ailleurs…), des réponses qui allaient chercher toutes sortes d’explications au fond de mon passé, de ma vision de l’existence ; le tout mâtiné d’une psychologie plus ou moins de bazar, du moins du commerce. En fait la seule et véritable raison pour laquelle j’écris est beaucoup plus basique : j’en ai besoin, tout simplement. J’aime aussi la photographie. Ce n’est pas un hasard : l’écriture et la photo fixent les choses, les situations ; permettent de prendre de la distance avec ces mêmes choses, ces mêmes situations. Plus tard elles agissent toutes deux comme la fameuse Madeleine de l’ami Proust. Le soir descend doucement sur Paris. De haut en bas mes articulations, mes muscles, mon cerveau ne sont qu’une douleur continue. Je me sens lourd, je me sens double, triple, quadruple. La rumeur de la ville m’arrive par bribes, sporadiques, à travers la fenêtre ouverte. Ouverte. J’ai toujours préféré les fenêtres ouvertes et les portes fermées. Les températures sont fraîches en ce premier jour de l’été, j’aime l’air froid qui entre en se mêlant à mon air à moi, l’air de ma petite vie minable ; un air chaud, moite, gluant et désespérant. On fête la musique ce soir : initiative d’un ministre de la culture il y a vingt cinq ans maintenant. Vingt cinq ans ! Qui étais-je en ce temps là ? Où étais-je ? Quels étaient mes rêves ? Qu’est donc devenu ce 14377240temps là ? Moi qui adore la mer voilà l’occasion d’une belle et douloureuse plongée. C’est quand on remonte qu’il y a danger : attention aux paliers de décompression. Je jette un coup d’œil à mon téléphone. La photo figée en fond d’écran ne m’inspire plus, je regarde la date du jour, l’heure. Aucun appel. Rien. Ce téléphone ne me sert pratiquement à rien. Il est devenu une espèce de meuble. Il est là, posé à côté du matelas qui me sert de lit dans cette mezzanine tant mon appartement est petit. Ce n’est pas le plus petit appartement parisien dans lequel j’ai habité : celui proche du parc Monceau était si minuscule que je ne pouvais me tenir debout, il était sous les toits ; mais il avait un certain cachet et je l’appelais volontiers « la bonbonnière ». Je me rappelle parfaitement de ce lieu, non seulement dans ses moindres détails mais tout autant du quartier qui l’entourait. C’est là que j’ai connu Christine. C’est ici que tout a commencé. Et le hasard n’existe pas : c’est ici que tout finit. La tristesse m’envahit, un certain désespoir me serre soudain la gorge ; comme si plus rien n’existait. D’ailleurs plus rien n’existe. Je regarde autour de moi. Tout semble le néant. Il faut que je plonge. Une cigarette de plus pour me brûler les poumons.

(Peut être à suivre....  j'ai piqué les images chez mon amie Angéline, je ne sais pas d'où elle les tient....)

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28 juillet 2007

1045.Courir

Pedro_Kouyat__en_concert"Courir, du Pacifique à l'Inde...." dit une chanson de Maxime Le Forestier qui s'intitule "les jours meilleurs". Les jours meilleurs. Ces heures et ces minutes qui s'écoulent un peu plus lentement que les autres, ou les secondes supplémentaires ne sont que du bonus. Paris s'est bien vidé maintenant. Ca durera ce que ca durera. La capitale respire, reprend son souffle. Le métro gonfle ses poumons, les Parisiens prennent leur temps. L'air n'est pas trop chaud. Il y a moins de queues à la Poste. Les magasins ont baissé le rideau avec la petite affichette "congés annuels". Paris entre en léthargie et pourtant c'est maintenant que cette ville reprend vie. Du sud de la France arrivent ici des nouvelles de chaleur, de plage, de vacances ; des odeurs de sable chaud et de barbecue les soirs d'été. De ma tête arrivent mes envies d'Afrique, d'ailleurs et d'exils. Toutes ces routes que des questions ont laissé dans ma vie. Les cloches de Belleville sonnent pour annoncer je ne sais quoi. Pedro, joueur malien de kora et sa femme viennent s'asseoir à côté de moi pendant que j'écris ce billet. Il m'annonce qu'il vient de jouer avec Archie Sepp au festival de jazz de Vienne : je suis très content pour lui, Sepp est une pointure musicale en même temps qu'un être d'une humanité exceptionnelle. Je montre à Pedro les photographies que j'ai fait de lui lors d'un récent concert ; il me propose d'en faire d'autres, de rentrer avec lui dans cette sphère musicale.
J'apprécie Pedro. J'aime sa musique, faite de rythmes africains mélangés harmonieusement aux tempos jazz. Il part jouer. Sa femme me fait la bise. Lui me prend la main et me dit, comme en Afrique, "prends soin de toi". 

Instantanés de ma vie du village capitale.

(Photo personnelle de Pedro Kouyate, lors d'un mini-concert à Paris en juin dernier)

Petite notice sur la kora (avec l'aide sympathique de la Wikipedia)

plan_koraLa kora, l’instrument des griots mandingues, est un instrument spécifiquement mandingue, (Mali, Sénégal...). Selon la légende mandingue la kora fut découverte par un grand chef de guerre, Tira Maghan, qui la donna à un de ses compagnons griots, Djelimaly. Selon la même légende, la première kora est l’instrument personnel d’une femme-génie qui vivait dans les grottes de Kansala en république actuelle de Gambie. Tira Maghan, impressionné et ému par la musique de l’instrument, décida d’en déposséder la femme-génie. Aidé de ses compagnons de chasse, Waly et Djelimaly Oulé Diabaté, il récupéra l’instrument qui échut à Djelimaly le griot du groupe. Djelimaly la transmit à son fils Kamba. Et ainsi elle passa de père en fils jusqu’à Tilimaghan Diabaté qui introduisit la Kora au Mali. La Kora est un instrument de musique majestueux qui se joue face.


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