30 juillet 2007
1046.L'espace-temps (la fin d'un début ?)
Et l’on se demande ce que ça veut dire « le temps qui
reste ». Que peuvent bien être ces secondes transformées en minutes qui
deviennent des heures pour bâtir des semaines et des mois ? Je ne sais même
plus très bien ce que signifie le verbe rester. Tout se bouscule dans la tête,
comme un panorama de la vie, de ma vie ; sorte de long métrage bizarre où
l’on est spectateur et acteur. Il y a les médicaments. Il y a l’ennui. Il y a
les inquiétudes, les paniques. Les nuits qui ne dorment jamais. Il y a la peur,
la simple peur. L’angoisse qui prend n’importe quand, n’importe où. Il y a
tout, il y a rien. Les larmes qui coulent sans raison apparente, des larmes
dures ou sèches venues d’un corps que l’on ne reconnaît plus. Ces moments
vides, suspendus on ne sait trop à quoi, à qui. Je n’arrive pas à me concentrer
sur quelque chose, la moindre idée m’échappe et pourtant je sais qu’elle me
reviendra comme un boomerang, là en plein milieu du cerveau, elle s’y fichera
telle la croix sur un tombeau ; viendra s’y poser un corbeau bien noir qui
me regardera l’intérieur d’un œil glauque. Et puis parfois, prodige, on sent
beaucoup plus d’air dans les poumons. Le cœur bat plus fort, dirait on. Une
sorte de nouvelle naissance. Oiseau qui déplie ses ailes. On crie. On pleure,
cette fois d’une émotion que l’on ne connaît pas, qui n’est jamais la
même ; qui anéantit toujours. J’aime la pluie, le temps gris ; le
bruit des gouttes qui frappent sur toutes les surfaces. J’aime les flaques qui
se forment en automne où des feuilles viennent s’échouer en se couvrant de
boue. J’aime l’automne. Quand les jours raccourcissent, que le vent du soir
fraîchit, que les passants pressent le pas, qu’ils remontent le col ; que
la lune éclaire un ciel de glace. Le froid est mon ami fidèle. Contrairement au
beau temps, il me réjouit, me
ragaillardit. Comme je préfère la nuit au jour. Le soir au matin. L’obscurité
qui tombe à la clarté qui se lève. Peut être retrouve t-on là mon signe
astrologique, que l’on dit coutumier des mystères et des bas-fonds, le
scorpion. Non pas que j’y crois ou que j’y attache de l’importance : je
lis rarement mon horoscope. Mais je dois avouer que je me suis toujours assez
retrouvé dans le portrait général que l’on donne de ce signe.
Ecrire, oui. Je me suis posé quelquefois la question du
pourquoi j’écrivais. Bien sûr, j’ai donné des réponses très sérieuses, de
celles qui font que l’on vous écoute (et qu’on s’écoute soi même d’ailleurs…),
des réponses qui allaient chercher toutes sortes d’explications au fond de mon
passé, de ma vision de l’existence ; le tout mâtiné d’une psychologie plus
ou moins de bazar, du moins du commerce. En fait la seule et véritable raison
pour laquelle j’écris est beaucoup plus basique : j’en ai besoin, tout
simplement. J’aime aussi la photographie. Ce n’est pas un hasard : l’écriture
et la photo fixent les choses, les situations ; permettent de prendre de
la distance avec ces mêmes choses, ces mêmes situations. Plus tard elles
agissent toutes deux comme la fameuse Madeleine de l’ami Proust. Le soir
descend doucement sur Paris. De haut en bas mes articulations, mes muscles, mon
cerveau ne sont qu’une douleur continue. Je me sens lourd, je me sens double,
triple, quadruple. La rumeur de la ville m’arrive par bribes, sporadiques, à
travers la fenêtre ouverte. Ouverte. J’ai toujours préféré les fenêtres
ouvertes et les portes fermées. Les températures sont fraîches en ce premier
jour de l’été, j’aime l’air froid qui entre en se mêlant à mon air à moi, l’air
de ma petite vie minable ; un air chaud, moite, gluant et désespérant. On
fête la musique ce soir : initiative d’un ministre de la culture il y a
vingt cinq ans maintenant. Vingt cinq ans ! Qui étais-je en ce temps
là ? Où étais-je ? Quels étaient mes rêves ? Qu’est donc devenu
ce
temps là ? Moi qui adore la mer voilà l’occasion d’une belle et
douloureuse plongée. C’est quand on remonte qu’il y a danger : attention
aux paliers de décompression. Je jette un coup d’œil à mon téléphone. La photo
figée en fond d’écran ne m’inspire plus, je regarde la date du jour, l’heure.
Aucun appel. Rien. Ce téléphone ne me sert pratiquement à rien. Il est devenu
une espèce de meuble. Il est là, posé à côté du matelas qui me sert de lit dans
cette mezzanine tant mon appartement est petit. Ce n’est pas le plus petit
appartement parisien dans lequel j’ai habité : celui proche du parc
Monceau était si minuscule que je ne pouvais me tenir debout, il était sous les
toits ; mais il avait un certain cachet et je l’appelais volontiers
« la bonbonnière ». Je me rappelle parfaitement de ce lieu, non
seulement dans ses moindres détails mais tout autant du quartier qui
l’entourait. C’est là que j’ai connu Christine. C’est ici que tout a commencé. Et
le hasard n’existe pas : c’est ici que tout finit. La tristesse m’envahit,
un certain désespoir me serre soudain la gorge ; comme si plus rien
n’existait. D’ailleurs plus rien n’existe. Je regarde autour de moi. Tout
semble le néant. Il faut que je plonge. Une cigarette de plus pour me brûler
les poumons.
(Peut être à suivre.... j'ai piqué les images chez mon amie Angéline, je ne sais pas d'où elle les tient....)
Commentaires
Parfois on aimerait que le temps s'arrête, se fige, pour apprécier des moments de bonheur qu'on a pas envie d'oublier... et parfois c'est l'effet inverse, on a envie que ce temps s'arrête pour ne plus avancer, se faire oublier...
Ce temps nous transporte dans le passé comme dans le futur et c'est parfois difficile de faire une pause (pause cigarette hmmmm j'en ai encore les sensations, presque envie d'en prendre une histoire de resentir ce soulagement!)
Scorpion? ils sont bien les scorpions (souvent dans le gris mais heureusement le caractère est solide comme un roc, ben j'en suis une aussi hum hum, pas toujurs facile mais bon)
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